LETTRE OUVERTE A CHRISTOPHE HONDELATTE

à l’ami qui nous a blessé,

Christophe,

L’amitié que je te porte m’au- torise voire m’oblige à t’adres- ser publiquement ces quelques lignes. Car elles font écho à une interview que tu as accor- dée au quotidien Sud-Ouest le 26 juillet dernier. Tu t’y es ex- primé comme tu en as l’habitu- de, c’est à dire avec une cer- taine liberté de ton. Mais cette fois-ci, tes propos ont blessé beaucoup de gens qui vivent au Pays basque.

Tu as évoqué en terme péjoratif la culture basque que tu affirmes aimer. Allant jusqu’à parler avec mépris des danses «historique- ment millimétrées», que tu considères comme dépassées à l’heure du rap. Nous sommes fiers, effectivement, d’avoir su garder des fondamentaux de notre culture, de les pratiquer, de les enseigner et de les transmettre aux générations à venir. Ils sont le terreau fertile d’une culture contemporaine d’une vivacité que beaucoup nous envient. De Niko Etxart à Mak en passant par Fermin Muguruza, pour le chant, à Koldo Zabala ou Zpeiz banako pour la danse, ou encore Burrunka pour ne citer qu’eux. La terre des Basques a produit quantité d’artistes qui ont toujours été en phase avec le présent et ce, dans le respect d’un passé qui les nourrie.

Repli nationaliste, enfermement, pas assez d’ouverture vis à vis des apports exogènes, pas de culture de l’accueil. Voilà quelques-unes des expressions que tu as employées pour caractériser les Bas- ques. Nous n’avons de leçon à recevoir de personne en matière d’accueil. Notre territoire est un territoire de passage, de rencon- tres. Naturellement. La géographie s’y prête. L’Histoire nous ensei- gne que s’il peut être évoqué un génie basque, il réside justement dans le fait que nous avons toujours su intégrer les populations exogènes. Tout en préservant nos racines.

Enfin, tu dis haïr le nationalisme basque. C’est là le vocabulaire stéréotypé de ceux qui rêvent justement d’en finir avec la langue et la culture basques. Sache tout d’abord que le mot nationalisme n’est pas un terme utilisé par ceux que visent tes propos. C’est de patriotisme qu’il s’agit («abertzalisme», de «abertzale», patriote). Il est la marque, en tout premier lieu, de l’attachement à des valeurs immatérielles, telles que la langue, la culture, un passé commun, un projet d’avenir collectif, une participation à la construction d’un monde meilleur, plus fraternel… le patriotisme basque est un idéal qui est l’empreinte locale d’une éternelle quête universelle, de liberté, d’équilibre.

Penses-tu que cette langue basque, cette culture, seraient aujourd’hui aussi vivantes s’ils n’y avaient pas eu des militant(e)s pour les sauvegarder, coûte que coûte ? Ceux que tu dis haïr, dans ce pays ne sont autres que ceux qui défendent le droit à la vie, et à la dignité de la langue et de la culture basques.

Christophe, la liberté à laquelle tu es attaché – et à laquelle je souscris sans réserve – ne t’autorise pas à user de ta popularité pour caricaturer et désinformer. Je te connais depuis longtemps, et je te sais capable de rassembler, plutôt que de diviser et à aider plutôt qu’à blesser. Je t’invite donc à emprunter également cette voie dans ta relation avec la terre qui t’a vu naître et à respecter toutes celles et ceux qui y vivent et y travaillent au quotidien.

Gabi Mouesca

RETOUR DE CORTE

L’heure de la refondation a sonné en Corse !

La délégation d’Autonomia Eraiki présente aux Ghjurnate Interna- ziunale de Corti composée de 4 militants a vécu un séjour riche en échanges et en apports de toutes natures pour poursuivre le com- bat. Comme toujours, l’organisation de ces journées internationa- listes a été une réussite, les Corses ayant un sens de l’accueil toujours aussi fort et généreux. Les délégations invitées logeaient dans la résidence universitaire de l’Université de Corti. Université qui est le fruit de la lutte du mouvement de libération Corse. Les débats se tenaient dans l’ancienne caserne de la légion étrangère… signe des temps meilleurs à venir, de la réappropriation par les Corses de leur territoire, petit bout par petit bout ? Les délégations provenaient de Kanaky, de Sardaigne, de Catalogne, et d’Euskal Herri, principalement. A noter qu’outre les membres d’Autonomia Eraiki, Euskal Herri était représentée par des membres de Bata- suna, d’Askatsuna et de Segi. Mais il y avait aussi, comme tous les ans, de nombreux jeunes Basques qui profitaient de leurs vacances en Corse pour passer par ces journées de Corti. (suite…)

HOMMAGE A HELETTE

Près de 400 personnes ont rendu hommage à Jean-Louis Larre dit Popo ce jeudi 7 août 2008 à Hélette en Pays basque nord pour le 25ème anniversaire de sa disparition. En cette occasion, Gabriel Mouesca a rappelé que ni ses camarades de lutte, ni ses amis, ni sa famille, ne renoncerons jamais à connaitre la vérité : notre Nun da Popo ? retentit désormais sur l’internet.
Familiers, amis, copains, camarades ou illustres inconnus, nous avons ouvert les commentaires sur le blog Nun da Popo ? afin que vous y laissiez votre témoignage personnel comme un cri de plus pour retrouver Popo.

TONALESTATE 2008

Autonomia Eraiki était invité début août en Italie pour prendre part à la semaine de conférences de Tonalestate, à Ponte di Legno. Ces conférences qui rassemblent tous les étés quelques centaines de personnes venues du monde entier avaient pour thème cette année, le multiculturalisme. Un thème décliné dans bien des domaines allant des religions à l’action syndicale, en passant par les luttes identitaires.

Des philosophes ont apporté leur éclairage, ainsi que des universi- taires de renom. Mais également des hauts dignitaires catholique (Cardinal Tauran), israélite (Rabbin Serfaty) et musulman (Dalil Boubakeur). Et enfin, des acteurs de terrain. Pour citer quelques noms : Michel Warschawski, journaliste de l’Alternative Information Centre de Tel-Aviv, Han Dong Fang, directeur du China Labour Bulletin de Hong Kong, Thokozani Khuphe, vice-présidente du Mouvement pour un changement démocratique, au Zimbabwe, Guido Barbera, président de la Coordination des initiatives popu- laires de solidarité internationales (Italie) ou Uri Avnery, fondateur du mouvement Gush Shalom à Tel Aviv. Et pour Autonomia Eraiki, Gabi Mouesca.

Tonalestate est un lieu où des rencontres improbables se produi- sent. Le cadre féerique des Alpes Italiennes (prés de 2500 mètres d’altitude), ou le sens de l’accueil de l’association organisatrice y sont probablement pour quelque chose. Grâce à une batterie de traducteur(trice)s, des Palestiniens échangent avec des Israéliens, des Italiens ou des Français avec des jeunes d’Equateur ou du Venezuela. Une représentante du gouvernement tchétchène en exil discute avec un avocat belge. Pas de journaliste. Probablement un des éléments expliquant aussi le caractère très particulier de cet événement annuel.

LE 7 TOUS A HELETTE

Rendez-vous nous est donc donné le jeudi 7 août 2008, à Hélette, à 19 heures, pour un nouvel omenaldi à Popo Larre. Un hommage de plus penseront certains tandis que d’autres trouveront toujours un motif pour ne pas y être. Parce que ce sont les vacances, parce que la famille, les amis, un engagement pris par-ci, une invitation par là. Mille et une raisons pour ne pas être à Hélette ce jeudi.

Il n’est pas question ici de culpabiliser quiconque, pas plus que de se placer en donneur de leçon. Mais il est important de rappeler que Popo, dont nous marquerons à l’occasion de cet omenaldi le quart de siècle de sa disparition, était un jeune parmi les jeunes, abertzale parmi abertzale, généreux, travaillant sans relâche à la revitalisation de notre pays. Il se donnait sans compter parce que conscient que la vie à du sens, et qu’être Basque en terre basque n’est pas le fruit d’une quelconque grâce, mais bien la conséquence d’une volonté affirmée, d’un combat quotidien, d’un désir transcen- dant toutes les difficultés, les périls. Il nous faudra être sur la place d’Hélette ce 7 août, pour tout simplement rendre hommage à un jeune homme de notre pays basque – un abertzale –, qui a donné le meilleur de lui même.

Il est des rendez-vous à ne pas rater dans la vie tels qu’être présent en un moment où au-delà des divergences politiques, idéologiques, l’on est rassemblé pour saluer la mémoire de l’un des nôtres, fils d’Euskal Herri, dont la disparition demeure pour chacun de nous une interrogation à laquelle nous voulons qu’enfin réponse soit portée. Nous le lui devons. Nous le devons à sa famille. Nous le devons à notre conscience, individuelle et collective.

Des chanteurs, danseurs, musiciens et bertsulari participeront à cet omenaldi. Ils seront les porteurs d’un message clair comme de l’eau de roche : Euskal Herria vivra par la volonté de ses filles et fils. L’euskara et notre culture vivront car telle est notre volonté. Popo était porteur de ce même désir de vie, acteur de ce même combat au quotidien. Nous serons à Hélette ce jeudi 7 août pour le rappeler et affirmer haut et fort que, 25 ans après le premier «Nun da Popo ?» crié dans une forêt landaise, la question reste tout aussi cruellement posée mais que les bâtisseurs continuent leur labeur, jour après jour, à Hélette comme dans tout Euskal Herria…

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