Le poid du passif, où le retour des idées derriére la tête

Qu’est ce qu’une oligarchie, et es t’il possible d’échapper aux formatages de son milieu d’origine?
Dans un débat d’idées, en énonçant que des idées,  certaines critiques peuvent être difficiles, à partir du moment où on est censés appartenir à la même mouvance, du fait d’une certaine bienséance (pas nécessairement partagée par tous).
Par contre , il peut arriver que les réalités que recouvrent ces idées n’aient , ni les même conséquences, ni les même implications, selon son origine. Cela peut être un problème de culture, mais aussi lié aux premiers apprentissages de la petite enfance: la réalité que l’on met derrière la signification des mots, n’est pas nécessairement similaire suivant qui nous l’a transmise.
Dans un milieu, où les places sont déjà prises, parfois depuis plusieurs génération, le sens de « ce qui nous est dû » par « la loi naturelle », n’apporte pas ,nécessairement, la même interprétation au sens des mots valeurs ou injustice. Pour certains, tout sera conditionné par la préservation d’une échelle sociale, car il s’agit de l’organisation naturelle de la société, et de ce fait le côté méprisable, des personnes qui veulent aplanir cette échelle sera plus qu’évident (…). De fait, le combat s’arrêtera quand l’injustice faite à leur famille sera résolue. Par contre, cette analyse ne tient absolument pas en considération, les interactions liées à un monde qui évolue, ou qui est soumis à des implications extérieures. Le combat s’arrête à leur personne, ou à leur famille, ou à leur groupe restreint. Dans une société fermée, dans laquelle les élites sont le Peuple, et le peuple n’est rien ( ce qui a pu être le cas, quand chaque famille était une famille nombreuse, surnuméraire et où l’individu non relié à un réseau n’était rien).
Cette forme d’analyse déformée, impacte l’esprit de ceux qui en sont originaires. La vision de l’autre, est au pire une vision paranoïde: dans un absolu, tout individu qui ne participe pas à la « famille », est une menace, et déclenche un réflexe d’agression, pouvant amener à de véritables crises de paranoïa aiguës. A cela, s’ajoute le fait qu’il est très facile d’utiliser les techniques, qui ont été inculquées dès l’enfance: quand on apprend à se servir d’une scie ou d’un marteau, la découverte d’un pinceau ou d’une paire de ciseaux n’est pas évidente.
La reproduction de la forme de société ne se fait pas par l’idéologie, mais par les pratiques utilisées. On peut, par exemple, se définir comme féministe, et traiter tout élément féminin comme une serpillère, ou un utilitaire (du groupe restreint ou de l’intérêt fonctionnel ou particulier du groupe): l’important ce n’est pas le chiffon que l’on agite, ce sont les pratiques, les actes et les faits, le conditionnement familial ou éducationnel est prédominant dans ce cas  (pour certains être propriétaire d’une idée comme on pourrait être propriétaire d’un champ, ou d’un troupeau).
L’arme de la meute ou la fabrication par ingénieure sociale des réputations, est un trait archétypal de la reproduction de société archaïque basée sur un organisation oligarchique, détruisant par essence toute force d’évolution (mais non toutes formes de profits).
Cette mini analyse permettra peut être d’expliciter, une des causes de la faillite des idées abertzales actuelles (parfois leur remplacement par d’autres plus opportunistes ), ou d’en rajouter à l’analyse développée par Allande Socarros.

Pays Basque nord : un mouvement abertzale de gauche en déshérence

Allande Socarros —

Il n’est pas dans mon intention d’analyser aujourd’hui les résultats des élections législatives

Il n’est pas dans mon intention d’analyser aujourd’hui les résultats des élections législatives des 11 et 18 juin 2017 du point de vue abertzale, dont on sait que l’offre proposée à l’électorat était double, à savoir les candidats estampillés Euskal Herria Bai et ceux du PNB/EAJ. Outre le fait que, le temps ayant passé, ceci pourrait à juste titre apparaitre comme du « réchauffé », d’autres maitrisent bien mieux que moi cet exercice qui requiert à la fois précision, impartialité et clairvoyance.

Je relèverai juste que les concurrents abertzale ont eu le « triomphe modeste », si tant est que triomphe il y ait eu matière à avoir… Augmentation en nombre de voix et en pourcentage ? Peut-être… Tout dépend du mode de lecture que l’on adopte et de la comparaison que l’on établit. Mais ce qui est en revanche absolument indéniable, c’est le fait que, à l’instar de la France entière, le Pays Basque nord n’a pas échappé à une abstention record de la part du corps électoral. Donc, si d’aucuns avaient voulu se gargariser d’avoir progressé en termes de nombre de voix ou de pourcentage, ou des deux à la fois… il aurait été facile de leur rétorquer que l’abstention massive démontre en creux que l’offre abertzale non plus n’a pas réussi à mobiliser les électeurs. Si une moitié de l’électorat a boudé les représentants des forces succursalistes françaises – y compris ceux qui se prétendent « En Marche » vers du renouveau dans la vie politique –, elle ne s’est pas davantage sentie attirée par les abertzale, qu’ils soient de « gauche » ou de « droite ». Cela devrait à tout le moins interpeller les « stratèges » de la chose électorale au sein des formations politiques abertzale… si celles-ci n’étaient pas retombées fissa dans la léthargie qui les caractérise depuis bien longtemps, hors périodes des élections !

Toutefois, même lors de ces rendez-vous là, le mouvement abertzale – et plus particulièrement celui qui se classe « à gauche » – fait montre d’une grande capacité à désorienter ses électeurs « naturels » ou potentiels… tant il met du cœur à l’ouvrage à « aller dans tous les sens ». Si l’on peut concevoir que le scrutin municipal puisse conduire, surtout dans les petites communes, à ce que des candidats étiquetés abertzale participent à des équipes pluri-politiques ou soi-disant « apolitiques », ou encore, selon les situations locales, à des listes de « gauche » ou de « droite », voire même à se présenter indépendamment d’une liste abertzale « officielle », ce postulat est nettement moins compréhensible pour des élections – départementales, régionales, nationales – où le caractère « politique », c’est-à-dire de choix sociétaux et de propositions à l’échelle d’un territoire ou d’un pays, est primordial.

Reconnaissons toutefois que le système électoral français ne facilite en rien – c’est un euphémisme… – les candidatures qui ne s’inscrivent pas dans le « roman national ». C’est particulièrement vrai pour les élections régionales pour lesquelles la loi électorale stipule qu’une formation politique est tenue de présenter des candidats sur tous les Départements composant la Région. Autant dire que pour les abertzale du Pays Basque nord, cela équivaut juste à faire acte de présence et à constater si leur audience progresse ou non sur leur terre d’élection… C’est vrai  également pour la 4ème circonscription des Pyrénées Atlantiques, pour le scrutin législatif, où un énième charcutage électoral dans les officines parisiennes a amalgamé une partie de la Basse Navarre ainsi que la Soule à une portion non négligeable du Béarn. Autant dire là aussi que les suffrages qui se portent sur des candidats abertzale ressortent écornés par un corps électoral disparate.

Réflexion en jachère, phagocytage par le Sud et dévoiements divers

Néanmoins, hormis ces cas particuliers, le fait que l’on retrouve des abertzale, se revendiquant comme tels, sur des offres politiques françaises démontre en soi l’absence d’un ou autre projet politique abertzale fédérateur, crédible, complet, susceptible d’entrainer l’adhésion, non pas seulement d’un électorat – dont une partie reste toujours volatile – mais aussi d’une militance organisée. Nous en sommes très loin aujourd’hui et quitte à passer pour un indécrottable boutefeu, je dirais, sans forcer vraiment le trait, que le mouvement abertzale de gauche en Pays Basque nord, dans son expression politique – au sens « action au sein de la cité »  –, est pratiquement devenu un champ de ruines. La situation est dans un tel état de déliquescence, d’altération si ce n’est de perte de sens des concepts, de consensus bêlant et manipulé autour de thèmes comme le « processus de paix », de dénaturation des problèmes… que l’on en arrive à penser que dans certains cénacles abertzale, le terme de « lutte » serait quasiment considéré comme un gros mot ! Dans ce contexte de délitement, d’évolution du discours et des pratiques vers une sorte de réformisme gentillet et de bon aloi, il n’est guère surprenant que des abertzale, révoltés par la récurrence si ce n’est même l’aggravation de problèmes comme les phénomènes de spéculations foncières et immobilières en arrivent à jouer en franc-tireur. On les dira « déconnectés » du mouvement… mais, à bien y réfléchir, qui sont les plus déconnectés dans l’affaire ? Ceux qui s’insurgent contre l’inacceptable ou ceux qui sont dans l’inaction ?

Un marqueur clair de l’état d’atonie dans lequel se trouve aujourd’hui le mouvement abertzale de gauche en Pays Basque nord, c’est le fait que la réflexion politique y est au point mort depuis belle lurette, que la capacité à produire en son sein des idées nouvelles relève de la mission impossible, que la formation politique ou l’acquisition d’une culture politique un tant soit peu sérieuse renvoie à des temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaitre… Dans le monde abertzale d’aujourd’hui, combien sont-ils à connaitre, même parcellairement, les mécanismes des institutions françaises, européennes, ou à une échelle internationale plus large ? À savoir à peu près de quoi l’on parle lorsqu’on évoque la mondialisation, la financiarisation de l’économie, la gentrification des zones urbaines à l’œuvre en particulier sur la Côte Basque, l’urgence écologique et tant d’autres questions ? À imaginer des concepts et des modèles d’organisation sociales/sociétales nouveaux pour un monde qui a bien changé depuis l’émergence du mouvement abertzale au nord dans les 1960/1970 ? À toutes ces questions la réponse est sans doute : « bien peu »… et c’est dramatique. Comme est dramatique le fourvoiement de nombre d’abertzale de gauche dans le soutien aveugle, inconditionnel, à des « régimes frères victimes des manigances de l’impérialisme américain » comme le serait actuellement le gouvernement du Venezuela… Alors que la plus élémentaire des réflexions et la simple honnêteté intellectuelle devrait conduire à admettre que l’on se trouve dans le cas d’espèce en présence d’un régime aux abois ayant échoué seul sur le registre de l’économie et du partage des richesses, et qui, face à la contestation, s’est lancé dans une fuite en avant répressive. Un pouvoir qui, à l’instar de tant d’autres, a trahi bien des espoirs et des idéaux de gauche en se transformant en autocratie dissimulée sous des oripeaux de démocratie formelle. Véritablement, il y a de quoi être effaré que des abertzale de gauche défendent de telles positions… au nom de la démocratie et de positionnements progressistes qui plus est !

Dans ce panorama peu reluisant, il est aussi un autre problème qui nécessitera sans doute un développement particulier et qui concerne le fait que le mouvement abertzale de gauche en Pays Basque nord est aujourd’hui totalement soumis à l’agenda du Pays Basque sud et quasi incapable de mener une réflexion propre, adaptée à son environnement particulier, aux spécificités sociopolitiques et aux enjeux et nécessités de nos trois provinces. La transformation de la coalition Euskal Herria Bai en mouvement politique a bien évidemment accentué la tendance, du fait que l’une de ses composantes  – Sortu – est un parti qui se veut d’obédience nationale basque et implanté de la sorte en Pays Basque sud et nord. Ce phagocytage, au moins au sein de la sphère abertzale, du sud sur le nord est un genre de victoire posthume de ETA et du monde totalitaire que cette organisation a engendré en cinq décennies d’emprise sur une partie de la société du Pays Basque sud. Une autre caractéristique présente du mouvement abertzale de gauche en Pays Basque nord – et là encore le mimétisme envers le Pays Basque sud y est aussi pour quelque chose – consiste dans le décalage entre ce qu’il dit être et ce qu’il est, en matière de fonctionnement démocratique. Clairement, le mouvement abertzale de gauche a intégré tous les travers du comportement propre aux partis politiques classiques : le verrouillage de la libre expression, le cadrage du débat interne, le décalage – pour ne pas dire le non-respect – entre des orientations votées en assemblée générale et ce qu’il en est de leur application (la flamboyante prise de position en faveur de l’autonomie et sa mise à la trappe dans les faits en est le cas le plus évocateur…). Aussi, sur cette question du fonctionnement du monde abertzale organisé, il faudra bien que l’on mette un jour sur la table l’écart entre ce qui est dit et ce qui est fait et changer impérativement de paradigme.

Passer des luttes sectorielles à une proposition globalisante

Bien évidemment, il s’en trouvera pour penser – et c’est leur droit le plus absolu – que tout ceci est faux ou pour le moins exagéré, que le mouvement abertzale est présent et actif sur bien des terrains de luttes, qu’il est incontournable dans l’agenda politique du Pays Basque nord, que son influence dépasse sa portée électorale… bref que tout va mieux que si c’était pire ! Or, de mon point de vue,  nous assistons aujourd’hui – et plus exactement depuis de nombreuses années – à une démission quasi totale de l’action politique abertzale « globale ». Comment pourrait-il en être autrement lorsque les seules batailles qui sont conduites concernent des préoccupations sectorielles, même si elles sont chacune en soi cruciales : la politique agricole et la défense d’une agriculture paysanne, le foncier et l’immobilier avec les phénomènes spéculatifs qui s’y déroulent, la question délicate à formuler et à traiter de la « colonisation de peuplement » ou « substitution de population », les nuisances générées par la surfréquentation en période estivale, le problème des résidences secondaires, le développement des réseaux d’extrême droite ? Sur ces différents terrains de luttes, il serait salutaire de reconnaitre que l’on est dans de l’action – ou, plus exactement, de la réaction  –  fragmentée, morcelée, désorganisée.

Or, partant d’un postulat « globalisant », un projet politique c’est quelque chose qui assure le lien entre des activités militantes sectorielles, des secteurs de luttes différents, qui donne à ces luttes ou à un travail qui est mené dans des secteurs donnés, une perspective politique. Ce n’est pas un catalogue de revendications ; il faut un agencement, une architecture, un ordonnancement, une « vertébration » comme le dit si joliment et justement un de mes amis, pour que des revendications et des propositions se muent en un projet.

En lien avec un projet, une lutte politique a besoin d’un cadre stratégique, c’est-à-dire d’une formulation d’objectifs à court, moyen et long termes et de la mise en place de moyens pour avancer vers eux. Pour cela, il faut remettre le politique au centre du débat et de l’action abertzale, donner une dimension globale à des résistances, des luttes et des revendications catégorielles. La politique c’est un tout, qui permet de structurer, d’articuler, d’homogénéiser, de construire. C’est à la fois un chemin pour avancer et un ensemble de moyens à mettre en œuvre pour cela.

Pour en revenir au début de mon propos, la participation à la compétition électorale ne peut pas être le palliatif d’une absence de travail politique, d’une non-présence sur le terrain des idées et des propositions, d’une dérobade à la confrontation aux autres offres politiques. Le terrain électoral se doit d’être une caisse de résonance pour une offre politique abertzale, matérialisée dans un projet politique, défendu par une large base militante et porté par des élus. Les élections doivent faire partie d’une stratégie politique ; elles sont un moyen tactique ; elles ne peuvent pas être une fin en soi, comme c’est quasiment le cas aujourd’hui.

Conscient que tout ce qui précède brosse un tableau bien noir de la conjoncture abertzale en Pays Basque nord, telle que je la perçois, et peut apparaitre comme une vision systématiquement critique, je propose aux courageux qui auront tenu jusqu’ici… de poursuivre sur une autre réflexion que j’avais produit à usage interne, et qui date déjà de quelque quatre ans. Aussi, certains passages peuvent sembler un tant soin peu en déphasage avec la situation politique actuelle et mes raisonnements d’aujourd’hui… mais au moins ceci pourrait démontrer que je peux m’inscrire dans une pensée et une démarche constructive et participer à un effort collectif…

Pour un mouvement abertzale démocratique, porteur d’un projet politique émancipateur (texte rédigé en 2013)

 

Il est indéniable que, depuis son émergence sur la scène politique en Pays Basque nord, le mouvement abertzale a imaginé, conceptualisé, proposé et, partiellement en tout cas, mis en place des solutions à l’ensemble de la  problématique politique sur les trois provinces historiques sous tutelle française. Durant toute une longue période, marquée par une situation de confrontation dure avec l’État français, les forces politiques succursalistes et des élus locaux peu soucieux des droits historiques et identitaires comme des besoins politiques réels du Pays Basque et de sa population, le mouvement abertzale, partie intégrante certes de la société basque mais incomprise par une majorité sociale des habitants, a su imaginer des outils de prise en charge, les concrétiser, tracer des perspectives d’avancées pour notre pays.

Une véritable insertion dans la vie sociale, une présence dans tous les secteurs, un travail  d’explication, de persuasion, un comportement exemplaire par rapport aux idées énoncées et – il faut le dire –  la persistance d’un positionnement obtus et d’un comportement souvent brutal de l’État tutélaire, ont peu à peu permis à l’idée abertzale de progresser dans les consciences, de gagner de la considération et de la crédibilité dans le corps social du Pays Basque nord. Ces avancées dans le coeur et l’esprit de nos concitoyens se sont traduites par le développement constant des outils mis en place par les abertzale (Seaska, AEK, Hemen-Herrikoa, GFAM puis Lurzaindia, Euskal Irratiak,  ELB, Laborantza Ganbara…) ou incontestablement fruits en grande partie de la lutte abertzale (Institut Culturel Basque, Office Public de la Langue Basque, voire même Établissement Public Foncier Local du Pays Basque).

Un projet politique porté par les militant(e)s et défendu par les élu(e)s

La progression de la conscience de ce que nous sommes et de ce dont notre pays a besoin a eu aussi pour corollaire l’accession de nombre d’abertzale à des fonctions d’élu(e)s politiques voire même à des postes de responsabilité et à des niveaux décisionnaires. Il ne faut cependant pas perdre de vue que beaucoup de ces abertzale choisis par nos concitoyens le sont en tant que personnes et non pour leurs idées politiques ; seule une minorité peut être définie comme « élu(e)s abertzale » car ils ou elles ont été choisis en tant que tels ; tous les autres sont des « abertzale élu(e)s ». Et il faut bien se mettre en tête que ceci n’est pas de la subtilité sémantique sans importance… Un(e) élu(e) abertzale, en principe, se réfère à un programme, c’est-à-dire à des propositions énoncées, à des solutions proposées ; un(e) abertzale élu(e) n’a pas eu à se conformer à ce cadre de référence.

Dans le cas des élus abertzale, leur positionnement et leur action ne s’inscrit dans le meilleur des cas que dans le cadre de prises de positions ou de programmes pour un niveau communal. Ils n’ont pas comme socle de référence un projet politique élaboré et porté par un mouvement, un parti ou une coalition. Car on ne saurait qualifier de projet politique un catalogue de revendications ou quelques idées qui peuvent certes être justes et intéressantes, mais n’ont pas de liens programmatiques et de perspectives communes. C’est là une des faiblesses majeures du mouvement abertzale : l’absence de projet politique complet, sérieux, crédible, mobilisateur. Des groupes locaux d’abertzale investis à l’échelon communal ne font pas un mouvement politique à même de répondre à une problématique globale à l’échelle de tout le Pays Basque nord ; des programmes locaux ne constituent pas un projet politique censé apporter des réponses  à des questions qui se posent sur l’ensemble d’un pays.

L’élaboration d’un ou de projet(s) politique(s) – car c’est aussi une erreur de considérer le mouvement abertzale, même de gauche, comme monolithique – apparaît comme la première des conditions pour que le mouvement abertzale soit perçu et reconnu comme une force politique en capacité d’accéder à des niveaux substantiels de pouvoir, en mesure de prendre en main les affaires d’un territoire voire d’un pays en son ensemble. Sans projet politique, il est illusoire de penser mettre sur pied une force politique qui attirera et fixera des militants, pas seulement des électeurs. Car ce sont les militants qui font vivre et se renouveler un mouvement politique, par le travail qu’ils sont amenés à accomplir dans l’actualisation des analyses de situation, dans la production et le renouvellement des idées et des propositions et dans la popularisation du projet politique au sein de la population.

Un projet politique et des militants pour le porter : c’est le binôme indispensable à un mouvement abertzale qui voudra se sortir de l’amateurisme politique, qui souhaitera devenir véritablement  mature, qui sera en capacité d’être une alternative pour le Pays Basque nord, une option vers le mieux.

Quant à l’organisation interne du mouvement abertzale – employons le singulier par commodité – il faudra imaginer un fonctionnement tout à la fois démocratique et efficace, encourageant l’initiative et respectant une nécessaire discipline, alliant une autonomie des secteurs locaux et une dimension fédératrice. C’est pure chimère de croire que l’addition de groupes locaux forme un mouvement politique, que des luttes parcellaires ou sectorielles constituent par leur existence même un but politique global. Le politique c’est une réponse globale à des problématiques, qu’elles soient localisées ou étendues à l’ensemble d’une entité.

« Élites », «masse », « démocratie directe »… des mythes aux réalités

Dans une louable recherche du maximum de fonctionnement démocratique pour le mouvement abertzale organisé, il est certes légitime, ou au moins compréhensible, de remettre en question des modèles existant depuis l’avènement et la mise en place des démocraties formelles et qui ont pu être dévoyés. Cependant, une réflexion, même non approfondie, amène rapidement à discerner le possible du chimérique, le réel de l’imaginaire. Ainsi en est-il du discours manichéen opposant « les masses » aux « élites », les premières étant parées de toutes les vertus, détenant toute la légitimité, étant  toujours dans le vrai, les secondes, quant à elles, étant forcément affublées de tous les travers, au mieux l’exercice à leur seul profit du pouvoir, quand ce n’est pas le dévoiement des idées, le détournement des objectifs politiques pour lesquels ils sont censés avoir été élus, voire la prévarication et la corruption…  Bien évidemment, la réalité des faits et des situations est bien plus  nuancée et complexe… Les « élites politiques », s’il faut les appeler comme ça, existent tout simplement parce qu’elles sont nécessaires, parce qu’elles sont formées à appréhender des situations, des données, des mécanismes, des réalités complexes et à y faire face, à concevoir et appliquer des procédures, à apporter des solutions, à mettre en action des moyens politiques.  À contrario, les « élites politiques » en question ne seraient peut-être pas aptes à être charpentier ou tourneur sur métaux, pas plus que professeur ou bibliothécaire !… Dans une société organisée, chacun a son rôle à jouer, mais tout le monde ne peut pas tout faire… c’est de la plus pure évidence. Il faut absolument que le mouvement abertzale murisse dans sa réflexion pour éviter de tomber dans ces stéréotypes réducteurs, si commodes certes, mais qui ne reposent sur rien de réel.

La démocratie dite « de représentation » ne s’est pas imposée comme modèle très largement majoritaire par la confiscation progressive et sournoise par « les élites » du pouvoir aux « masses ». C’est pur simplisme que de raisonner ainsi et c’est tout bonnement faux ! La démocratie de représentation, soit l’exercice du pouvoir au travers de personnes désignées par la voie électorale,  est devenue la norme communément admise, car c’est le moyen le plus à même de s’adapter à la complexité des sociétés et des réponses politiques à apporter.  Le mythe de la « démocratie directe » a la vie dure mais il ne résiste pas à l’analyse critique. Il est très facile de se rendre compte que « le peuple » ou « les masses » – appelons cela comme on veut – n’est pas (ne sont pas) en mesure d’exercer directement quelque pouvoir que ce soit, de définir et de mettre en œuvre des politiques dont la complexité demande des spécialisations et des outils dédiés. Imaginons un groupe de personnes qui, réunies sur un mode d’assemblée générale, analyse des situations, tire des conclusions, adopte des décisions… Comment ferait-on pour faire appliquer lesdites décisions ? Il y aurait bien quelqu’un – quelques-uns –  qui serai(en)t désigné(s) pour cela… donc une délégation de pouvoir !  Il est clair en outre que ce type de démocratie idéalisée… est justement celle qui est la plus facile à dévoyer, quand on sait combien il est facile de « trafiquer » une assemblée générale, de créer des majorités de convenance, voire de manipuler une foule. Pour prendre un seul exemple, on pourrait citer le cas du deuxième plus petit canton de Suisse, celui d’Appenzell-Rhodes-Intérieures (Appenzell Innerrhoden) qui est l’un des deux cantons suisses (avec Glaris) à maintenir la Landsgemeinde, réunion annuelle des membres de l’assemblée primaire des citoyens, afin de voter les modifications de lois proposées par le Conseil d’État (Parlement cantonal) et les différentes commissions. Les citoyens du canton se réunissent à cette fin le dernier dimanche d’avril sur une place d’Appenzell (Source Wikipédia). Tout ceci est fort charmant… sauf que cette forme de « démocratie directe » n’a fonctionné depuis sa mise en place qu’avec des hommes… puisque le droit de vote et d’éligibilité des femmes a été imposé au niveau cantonal en 1991 par suite d’une décision du Tribunal Fédéral !…

Le référendum, un outil démocratique qui nécessite des garde-fous

De même, le système référendaire ou plébiscitaire, pour aussi attirant qu’il puisse apparaître de prime abord, est susceptible de verser dans les mêmes travers, d’être propice à toutes les manipulations possibles et imaginables. Un référendum, s’il ne porte pas sur un sujet que les gens – ou une majorité au moins d’entre eux – comprennent un tant soit peu et si la campagne qui précède le vote n’est pas suffisamment argumentée des deux points de vue, est la voie ouverte à exprimer toute opinion… sauf celle dont la consultation populaire est l’objet ! Les exemples abondent en France même, pourtant assez peu adepte de ce type d’exercice, et pour ne citer que les plus récents, il suffit de se remémorer les résultats des consultations en Corse (2003) et en Alsace (2013), dans les deux cas pour créer une Collectivité Territoriale Unique, par suppression des deux départements en Corse et par la réunion des deux régions en Alsace. Ce qui est advenu avec ces deux « appels à la décision du peuple » devrait ou aurait dû refroidir les ardeurs démocratiques dans le monde abertzale en faveur du référendum… mais en l’occurrence, rien n’est moins sûr ! Là aussi on retrouve les vieilles lunes attachées au mythe de la « démocratie directe », celle en particulier de penser que tout le monde, partout et toujours, est à même de comprendre de façon innée des questions ou sujets complexes, percevoir suffisamment les enjeux d’une situation donnée, de prendre une position en connaissance de tous les tenants et aboutissants. Bien entendu, ceci est purement imaginaire… Concernant toujours ce mythe de démocratie directement exercé par le peuple qui est attaché au référendum ou au plébiscite, précisons qu’en Suisse même où cet exercice fait partie d’une culture politique ancienne, il y a bien souvent à redire de ces consultations. Ainsi, lorsque l’on se rend compte – et c’est la plupart du temps le cas – que telle proposition est approuvée alors que seulement 20 à 30% du corps électoral a participé au vote… où est donc la démocratie ?!? Bien sûr les grandes âmes démocratiques rétorqueront sans doute que ne participe à la consultation que la partie de la population la plus consciente et la plus intéressée aux affaires publiques… mais les faits sont là et ils sont têtus : seulement  20 à 30% de la population en âge de voter décide pour tout le monde ! Elle a bon dos la démocratie directe…

Le référendum reste toutefois une expression démocratique qui peut parfaitement s’insérer dans le fonctionnement normal d’une société et de ses institutions politiques. Une consultation populaire est tout à fait envisageable, voire souhaitable, par exemple sur des questions d’aménagement de territoire, de mise en place d’infrastructures et particulièrement lorsque des oppositions se manifestent. On peut prendre le cas, pour le Pays Basque nord, des projets de 2 X 2 voies et de LGV qui, manifestement, ne répondent pas à un intérêt général, ou en tout cas n’y répondent pas de la bonne manière, et suscitent une opposition sans doute majoritaire de la part des populations concernées. L’organisation d’un référendum doit cependant répondre à des critères précis qui lui donnent une légitimité et un caractère indiscutable. Ainsi devrait-il en être, comme c’est le cas pour les votations en Suisse, de la règle d’obtention d’un certain nombre de signatures de citoyens – à définir selon le nombre d’habitants du territoire où s’organisera la consultation – pour déclencher de droit une procédure référendaire. Un autre critère serait celui de la nécessité de recueillir un taux de participation, au minimum de majorité simple mais encore mieux de majorité qualifiée – celle des  deux tiers du corps électoral –, pour que les résultats de la consultation populaire soient considérés comme valides. Si les résultats du référendum sont en contradiction avec la prise de position des élus locaux – ou au moins de la majorité d’entre eux – sur la question donnée, on pourrait envisager l’hypothèse, certes hardie, que cela débouche sur l’organisation d’élections locales avant terme. Néanmoins, il faut bien reconnaître que ce dernier point paraît plus qu’inconcevable, en l’état actuel tout du moins, au sein d’une République française où les élections se déroulent le même jour sur l’ensemble du territoire, sauf cas d’annulation de scrutin ou de démission d’élus.

Le mandat impératif : un imaginaire idéalisé des temps passés

Un autre concept chimérique qui revient régulièrement dans des cogitations de la mouvance abertzale est celle du mandat impératif auquel devrait être astreint les élus… Ah, le fameux mandat impératif ! Celui qui obligerait les gens choisis lors de processus électoraux, voire dans des assemblées de citoyens, à appliquer stricto-sensu les orientations et décisions de « la base »… Et à revenir consulter ladite « base » si, par cas, les choses ne se déroulaient pas comme souhaité – par « la base » toujours –  dans les cénacles élus. Mandat impératif qui, en aucun cas, ne permettrait aux élus ainsi impérieusement désignés de discuter entre eux dans la perspective de dégager un consensus. Une conception pour le moins dirigiste de la démocratie qui ne reconnaît aucune vertu à la discussion, au débat contradictoire, à la négociation, à l’effort de trouver un terrain d’entente !… Mais au-delà de cette première observation, la notion de mandat impératif relève d’une idéalisation du passé, d’un imaginaire plus ou moins réfléchi sur les anciennes institutions basques. Le problème est que nous ne sommes plus au temps de Matalaz ni même à celui des frères Garat… La société a évolué, les situations se sont complexifiées, les données sociologiques, politiques, économiques, sociales, sociétales, culturelles, etc… ont énormément changé, la démocratie de représentation –  malgré ses tares ou ses travers – s’est imposé comme le modèle institutionnel respectant à peu près correctement les droits individuels et collectifs fondamentaux. Au final, le mythe du mandat impératif ne résiste pas à l’analyse qui le confronte aux réalités complexes des sociétés contemporaines. Démocratie directe et mandat impératif sont deux préceptes qui procèdent d’un imaginaire idéalisé des temps passés, sans aucune prise avec le présent et sans possibilités de s’inscrire dans l’avenir.

En ce qui concerne le regard que l’on peut porter sur l’action des élus, il faudrait pouvoir d’abord se débarrasser de cette idée préconçue que, forcément, ils ou elles sont amenées à trahir, à un moment ou à un autre, la confiance de ceux qui les ont choisis. Pour les tenants d’un tel discours, un(e) élu(e)  verse obligatoirement dans des pratiques de dévoiement, de compromission, de reniement de ses idées, quand il ne vire pas complètement sa cuti… C’est là une pensée répandue dans certaines chapelles abertzale et évidemment il s’agit d’une caricature en totale distorsion avec une réalité très largement majoritaire. Un(e) élu(e) est aujourd’hui amené à travailler avec des collègues de sensibilités politiques différentes de la sienne ; de ce fait, dans l’action qu’il mène au sein de quelque structure que ce soit, il doit avoir sa marge de manœuvre, son autonomie de réflexion et de prise de position, sans que cela ne soit considéré comme une « trahison » par quelques Saint-Just autoproclamés… Après tout, au risque de donner dans l’angélisme, un élu qui déçoit plus que de raison court le risque que l’on ne lui renouvelle pas majoritairement la confiance. Cela est arrivé à bien des reprises car, de fait, la démocratie de représentation n’est pas aussi pervertie que ses détracteurs voudraient le faire croire.

Un mouvement abertzale  a refonder comme force politique  crédible et démocratique

Le mouvement abertzale a amplement démontré, en un demi-siècle d’existence et d’action, sa capacité à apporter des solutions à la problématique politique – dans le sens global du terme – du Pays Basque nord. On peut sans exagération aucune affirmer que c’est la lutte abertzale qui a permis des avancées notables dans la prise de conscience et l’investissement individuel ou collectif de nombre d’habitants des trois provinces septentrionales, dans la mise sur pied d’outils et de réalisations entre les mains des acteurs intéressés, dans le fait que les lignes aient sensiblement  bougé au sein de la classe politique traditionnelle, dans les positions mêmes des succursales des partis politiques français. Il est certain également que des idées abertzale ont été reprises par la classe politique traditionnelle ou d’autres secteurs sociaux… mais  pour être replacées dans un cadre et des perspectives qui ne sont pas ceux d’une prise en charge des affaires du Pays Basque nord et  en Pays Basque nord par les habitants et les divers acteurs locaux, et encore moins dans une vision de reconnaissance du droit à l’autodétermination.

Il faut bien admettre que cette situation ressort principalement de la responsabilité du mouvement abertzale et que la première chose à faire est d’en convenir. Une des explications pourrait être que le mouvement abertzale, façonné pour des configurations de lutte et de résistance, n’a pas vraiment réussi sa mutation en une force politique – là aussi, utilisons le singulier par commodité – apte à faire de la politique autrement, à prendre sa part dans la gestion des affaires publiques et – forcément avec des représentants d’autres sensibilités –, à exercer même le pouvoir en certains cas.

La lacune principale en est bien l’absence d’un projet politique fédérateur, complet, crédible, proposant des réponses à l’ensemble de la problématique en Pays Basque nord et auquel pourrait se référer une majorité d’abertzale, un projet qui mobiliserait suffisamment de militants afin d’être porté et argumenté sur la place publique. Si l’on est d’accord avec ce premier constat, on pourrait aussi admettre qu’il n’est nul besoin de nombreux militants pour commencer à élaborer et mettre en forme un projet politique. Cela peut se faire, dans un premier temps, par la mise en place d’une sorte de commission de travail comportant des adhérents de différentes composantes organisées mais aussi d’aberzale dit indépendants ou plus exactement non organisés. Certes il y a eu une ébauche de cette façon de travailler, avec l’existence de Instituzio Batzordea, mais il faut bien reconnaître que cette structure n’a pas su dépasser les positionnements partisans et les blocages qui en résultent. Cela ne veut toutefois pas dire qu’une commission projet politique ne peut pas se créer et commencer son travail. Cette première structuration produirait – du moins il faut l’espérer…  – de la matière qui pourra être discutée dans des ensembles plus larges, par thématiques par exemple, à l’instar de ce qui a été fait dans les années 1990 avec la structure Eraikitzen, débattant, amendant et remodelant le projet politique diffusé par Iparretarrak. Ce qui a pu être possible un temps devrait pouvoir l’être à nouveau. Il faudra cependant faire en sorte que cela ne se termine pas – comme dans le cas cité – en eau de boudin, situation qui a laissé bien des frustrations si ce n’est même des écoeurements.

Avec la mise en forme progressive d’un projet politique et l’implication en cela d’acteurs d’horizons  abertzale divers, il est permis de penser que des militants voudront rejoindre ce mouvement-là. Un souhait raisonnable serait aussi qu’une bonne part des abertzale élus, connus en tant que tels à ce jour, exprime publiquement et dès le début son adhésion à l’objectif d’élaboration d’un projet politique concerté. Là aussi il y un précédent avec la démarche Bil Gaiten, mais il faudrait pouvoir aller plus loin dans les ambitions et, pour des élu(e)s abertzale – ou abertzale élu(e)s – se positionner clairement dans la perspective du projet politique et dans le soutien voire la participation à cet objectif. Ces conditions étant réunies – création d’une commission projet politique, soutien des abertzale élu(e)s, discussion des éléments du projet via des réunions thématiques ouvertes à tous –, il est permis de croire que des gens voudront adhérer à cette dynamique et qu’une base militante pourra émerger et se structurer.

Un fonctionnement participatif et démocratique

A partir de là, il sera nécessaire de se donner les moyens de mettre en place un fonctionnement tout à la fois démocratique, participatif, respectant ce qu’il faut d’autonomie aux secteurs locaux mais assurant une dimension fédératrice. Vaste programme, penseront certains, quadrature du cercle en concluront d’autres… Peut-être… sauf qu’il n’y a pas 36 manières de procéder pour atteindre à l’objectif de la création d’une force politique abertzale efficace, démocratique, acteur politique incontournable et porteur d’un projet émancipateur. Au-delà de ces mots ronflants, la manière de procéder se conformera vraisemblablement à ce que l’on connaît déjà. Le tour a été fait des façons de s’organiser et de travailler les plus démocratiques et participatives possibles… Aussi, un mouvement politique structuré autour d’un projet global fonctionnera sans doute par commissions de travail qui pourraient aborder les thématiques suivantes : Institutions et évolutions politiques ; Économie, agriculture, pêche, artisanat, commerce, tourisme ; Aménagement du territoire, politique urbanistique et environnement ; Langue basque, culture, patrimoine ; Relations avec le Pays Basque sud et d’autres régions européennes, etc… L’existence d’une commission Finances et adhérents apparaît aussi incontournable, pour que ces questions-là, souvent négligées, soient traitées avec sérieux. La question cruciale de la communication et des prises de positions politiques devrait, elle, pouvoir être prise en charge directement par la sphère dirigeante du mouvement. Car, il ne faut pas se voiler la face : un mouvement politique efficace, actif, ne peut pas faire l’impasse d’une structuration où obligatoirement il y a des têtes qui apparaissent sur le devant de la scène. Il ne faut pas voir cela comme un mal nécessaire, mais comme une nécessité tout court ! Le tout est que cette direction du mouvement ne fasse pas ce qu’elle veut à tout bout de champ et à tout propos, qu’elle ne s’autonomise pas plus qu’il n’est utile. C’est un fonctionnement satisfaisant du travail des commissions thématiques et le rôle joué par une coordination se réunissant régulièrement – tous les deux mois serait un bon compromis – qui permettra que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Au sujet des commissions, une discipline concernant la régularité des réunions et la remontée, auprès de la coordination, du travail qui y est réalisé apparaissent comme des conditions impératives pour mobiliser les militants, assurer les renouvellements, coller aux évolutions de situations. Dans les secteurs locaux, la présence d’éléments moteur, de chevilles ouvrières, de meneurs – appelons-les comme on veut – a vraiment une grande importance pour donner l’impulsion au travail local et ceux-là devraient naturellement être membres de la coordination Pays Basque nord.

Pour ce qui est de la participation des jeunes générations à un mouvement abertzale réorganisé, il n’échappe à personne que, dans les temps actuels, il semble bien difficile de les intéresser à un travail politique « classique » de réflexion et d’action dans le champ public traditionnel. On remarquera pourtant que des jeunes, ayant une conscience abertzale mais peut-être pas une culture politique un tant soit peu poussée, sont prêts à s’investir dans ce que l’on peut appeler de « l’activisme », sur des problèmes bien ciblés comme la lutte contre les spéculations foncières et  immobilières, contre le phénomène d’augmentation continue des résidences secondaire, sur le problème aussi sensible que crucial de « substitution de population » dans les zones les plus urbanisées du Pays Basque nord, pour la défense de l’Ikastola, dans l’action anti-répression, etc. Sans parler « d’organisation » de ces formes d’investissement militant des jeunes abertzale – qui serait perçu comme une volonté de les récupérer et de les encadrer – il serait quand même nécessaire de trouver les passerelles avec un mouvement politique abertzale organisé. L’activisme, en effet, n’a de résultats concrets et durables que s’il s’inscrit dans une perspective politique. Aussi, un mouvement abertzale organisé devra pouvoir exprimer son soutien, voire prendre part à des actions ponctuelles menées par des groupes de jeunes, mais en replaçant toujours son soutien et sa participation dans une argumentation et une perspective politiques. Cette configuration comporte le risque d’être perçue comme une manière de « partage des rôles », à savoir les actions sur le terrain et en limite de légalité, voire hors légalité, à ces groupes de jeunes et le travail politique « sérieux » et les éventuels fruits de l’activisme au mouvement politique organisé… C’est le danger que les militants activistes deviennent une sorte de « groupe action » pour le mouvement abertzale agissant dans le champ légal. Afin d’éviter une telle distorsion, une autre passerelle possible serait de toujours informer ces groupes de jeunes du travail réalisé dans le mouvement politique organisé et de les inviter, en libre participation, aux coordinations, assemblées générales, « université d’été » ou autres événements mis sur pied.

Pour conclure…

Ces quelques réflexions et idées formulées ici sont, bien évidemment, soumis à la discussion, à la reformulation, à l’amélioration, à l’amendement, à la critique… bref, tout ce que l’on voudra, pour peu que cela amène d’autres personnes à réfléchir et à argumenter de manière constructive. Car, s’il peut être vrai que la réflexion qui ne débouche pas sur l’action peut s’avérer un exercice stérile  – ce n’est cependant pas exact dans tous les cas et de toutes formes de réflexion ! –, il est tout aussi vrai que l’action, si elle veut aboutir à des avancées, à des changements vers le mieux, doit toujours se fonder sur la réflexion.

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