« L’OUTREMER »

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Le conflit social que vit en ce début d’année 2009 la Guadeloupe – et qui a des extensions en Martinique – rappelle, si besoin en était, que la grande majorité de la population de ces destinations « Poule aux œufs d’or pour les tours-opérateurs » subit une situation que l’on peut, sans risque d’être démenti, qualifier de « néo-coloniale ». Pour ne citer que quelques données, il convient de rappeler que 80% des leviers économiques de la Guadeloupe sont entre les mains des descendants des colons blancs – les békés – ou de ceux des populations immigrées d’origine asiatique ; que le taux de chomage y est de quelque 22% (dernier trimestre 2008), voire de presque 40% pour les tranches de population les plus jeunes ; que les salaires des fonctionnaires venus de France continentale sont entre 40% et 108% supérieurs à ceux de la métropole, ce qui tire tous les prix vers le haut ; que des mesures de défiscalisations ahurissantes sur les investissements immobiliers (loi Pons de 2006) permettent une évasion fiscale légale au bénéfice de métropolitains fortunés et accentuent encore les contrastes sociaux, etc, etc…

La seule et véritable solution pour que « l’outre-mer » se sorte de ce néo-colonialisme, encore accentué par la perfusion financière de l’État français – 16,5 milliard d’euros pour 2009 –, consiste en la mise en place de statuts institutionnels avec de réels pouvoirs de décisions, en un mot : l’autonomie. Cela est vrai, par exemple pour la Guadeloupe et la Martinique car, pour ce qui est de la Kanaky ou de la Polynésie, leurs statuts actuels permettent aux populations de prendre, plus ou moins, leurs affaires en mains.

La dernière révision constitutionnelle concernant l’outre-mer est typiquement à la mode française : elle consiste en des demi-mesures formelles qui veulent donner l’impression qu’il est tenu compte de la diversité des « confettis de l’empire », mais, sur le fond, la tutelle parisienne est toujours aussi prégnante. Que chacun en juge, avec le texte suivant puisé à une source on peut plus officielle. (suite…)

LA KANAKY

800px-flag_of_new_caledoniasvgLa Kanaky – que le colonialisme français a affublé du nom de Nouvelle-Calédonie – a payé son statut particulier actuel au prix du sang des militants indépendantistes méthodiquement exécutés par la soldatesque aux ordres du Président de la République française François Mitterrand et de son Ministre de l’Outre-Mer Bernard Pons, lors de l’assaut de la Grotte d’Ouvéa, le 5 mai 1988. Malgré les dénégations éhontées du pouvoir politique parisien et de ses bras armés, il faut bien parler de massacre pour évoquer la mort de 19 kanak, deux militaires français perdant eux aussi la vie pour une bien sordide victoire. Ce bain de sang, à ajouter au passif de « l’oeuvre civilisatrice de la Patrie des Droits de l’Homme », avait tracé la voie, d’abord aux Accords de Matignon (26 juin 1988) puis à ceux de Nouméa (5 mai 1998 – comme un fait exprès, 10 ans après Ouvéa…), pour se concrétiser par l’adoption d’une Loi organique (19 mars 1999) qui fait aujourd’hui de la Kanaky une Collectivité d’Outre-Mer aux caractéristiques tout à fait particulières. (suite…)

LA POLYNESIE

flag_of_french_polynesiaLa Polynésie – que les abertzale s’abstiendront de qualifier de « française » – est le seul territoire sous tutelle de la France à bénéficier d’un statut d’autonomie interne. Si les compétences dont dispose cet archipel, situé dans le sud de l’Océan Pacifique, dépassent de très loin celles, réunies, d’un Conseil régional et d’un Conseil général parmi les mieux dotés, elles font bien pâle figure comparé aux pouvoirs d’un Land allemand, d’un Canton suisse ou même d’une Communauté Autonome Basque. Nous l’avions bien compris avec les éclairages que nous avaient donné, lors du Forum sur l’Autonomie, en octobre 2008, nos amis polynésiens Keitapu et Thierry. Keitapu, alors Ministre de la mer, nous avait expliqué qu’en fait les compétences du territoire autonome se limitaient à une frange littorale… Paris ayant gardé la haute main sur la majeure part des eaux entourant l’archipel et donc des ressources halieutiques ou autres. On mesure, de la sorte, combien la conception française de l’autonomie est des plus étriquée et ne se départit pas d’une culture de la tutelle jacobine. (suite…)

VAL D’ARAN

448px-escut_de_la_vall_daransvgUn peuple qui a eu à subir la négation de ses droits nationaux historiques est sans doute plus à même de respecter ceux d’une minorité établie dans la sphère territoriale où il exerce une autonomie aux pouvoirs étendus. C’est ainsi que la Generalitat de Catalogne, rétablie par le statut d’autonomie de 1979, a considéré juste et naturel que le Val d’Aran de langue occitane gascone dispose des moyens de décider par lui même des affaires le concernant. Au premier plan des droits nationaux ainsi reconnus, le gouvernement autonome catalan a consacré le caractère officiel de la langue aranaise, non seulement sur le territoire du Val d’Aran, mais aussi sur l’ensemble de la Catalogne, dans le cadre des dispositions du statut d’autonomie rénové et étendu en 2006.

Par delà des viscissitudes historiques, les aranais ont eu la chance de se retrouver au bout du compte intégrés dans l’autonomie catalane. S’ils avaient été placés sous la coupe de la France… ils ne seraient pas aujourd’hui la seule entité territoriale à utiliser officiellement une forme d’occitan. Le triomphe de la justice et la lutte pour la reconnaissance et le rétablissement des droits historiques feront peut-être que dans un avenir pas trop lointain le Val d’Aran fera partie intégrante d’une Occitanie qui disposera de son auto-gouvernement, dans le cadre d’une Europe de modèle fédéral avancé qui aura tourné la triste page des Etats-nations, fossoyeurs des libertés de tant de peuples. (suite…)