VINGT ANS APRES

2068579342

L’édito paru dans Enbata n° 2017 intitulé « vingt ans » a surpris plus d’un. Divers commentaires entendus par-ci par-là m’amènent à vous faire part de ces quelques réflexions. L’édito en question revenait sur les vingt ans qui nous séparent de ce jour où plusieurs militants d’IK se sont fait arrêter à Boucau. Les faits les plus marquants de cette arrestation sont bien repris. Le contexte général de cette époque est aussi bien relaté. C’est dans la seconde partie de cet édito que cela se gâte. En effet, l’éditorialiste nous offre tout d’abord une interprétation personnelle des raisons du retrait de la scène politique d’Iparralde d’IK. Lorsque le temps sera venu où les historiens écrieront l’histoire de l’organisation politico militaire IK, il est fort possible que soit mis en lumière un scénario qui n’ait rien à voir avec l’explication avancée ; «Le temps de la lutte armée (était), pour la plupart des militants, révolu. Le milieu des années 90 démontrait ainsi que ce choix fut le bon, puisqu’il vit la montée en puissance d’Abertzaleen Batasuna dont les batailles se situaient sur le plan politique, exclusivement politique.» Celles et ceux qui ont concouru à l’action d’IK, dans la difficulté que l’on sait ou que l’on peut imaginer, ne méritent pas que l’on essaie de les intégrer dans une écriture partisane de l’histoire récente.

Référence est aussi faite dans cet édito à cette jeunesse abertzale d’hier, toujours en activité aujourd’hui, en charge de responsabilités sur tous les plans de la vie de notre communauté. Oui, il faut le dire, haut et fort, nombreux sont ceux qui, durant cette « décennie de fer » – pour reprendre l’ expression de l’éditorialiste – , ont été acteurs/trices directes des événements parfois douloureux, sont aujourd’hui en postes de responsabilité. Que cela soit sur le plan syndical, économique, associatif, politique, institutionnel. Nous attendons de leur part une fidélité à ce qu’ils ont été, à leurs idéaux. Qu’ils ne jouent pas le jeu de ceux qui depuis des décennies n’ont de cesse de nuire aux intérêts vitaux de notre communauté. Les fondamentaux doivent être sans cesse rappelés, portés. L’extrême complexité du fonctionnement du monde à laquelle ces « responsables » sont confrontés ne peut justifier des prises de positions tactiques qui, dans le fond, ne font que renforcer la position de nos oppresseurs. Enfin, cet édito se termine par ces propos: « IK, c’est, en fait, l’histoire d’hommes et de femmes qui sont allés jusqu’au bout de leur engagement. Mais vingt ans après, c’est une histoire un peu oubliée dans le monde abertzale. » Non, l’histoire d’IK n’est pas qu’une affaire d’hommes et de femmes qui sont allés jusqu’au bout de leur engagement. IK était la manifestation d’une volonté farouche de résistance à un anéantissement programmé. IK était le fruit d’une volonté partagée par un nombre conséquent d’hommes et de femmes qui allait bien au de-là de la cinquantaine de prisonnier(e)s d’IK recensés. L’action d’IK a impliqué l’investissement et la solidarité de plusieurs centaines de femmes et d’hommes d’Iparralde. Nier cela revient à ne pas respecter celles et ceux qui ont consenti des années durant à des vies où les impératifs de la lutte s’imposaient à leur propres intérêts personnels. De plus, aucun(e) militant(e) d’IK n’a considéré être allé « au bout de (son) engagement ». En effet, le bout de l’engagement ne peut être envisagé autrement que comme l’aboutissement victorieux des luttes engagées. Nous ne sommes pas parvenus – loin s’en faut – à obtenir les conditions d’une vie digne pour notre communauté et à assurer son avenir.

Quant à dire que ; « …vingt ans après, c’est une histoire un peu oubliée dans le mode abertzale… » je laisse juge chaque lecteur(trice) du sens de cette phrase. Qu’IK ait sa part de responsabilité dans le défaut de passage de la mémoire des luttes, c’est une chose. Mais la responsabilité est grande chez ceux qui ont contribué durant la « décennie de fer » ainsi que les années suivantes, à minimiser, caricaturiser l’action d’IK, parfois même à salir les militant(e)s d’IK. Cette histoire -celle d’IK- n’est en tous les cas pas oubliée chez ces nombreuses familles qui ont eu à vivre les affres de la répression. La mort, la disparition d’un être cher, la mutilation, la prison. Mais elle n’est pas non plus oubliée chez nos adversaires. IK n’a été qu’un des épisodes de cette résistance à l’ordre injuste dont les Basques ont toujours su faire preuve. Les braises ont toujours là… ils le savent !

in memoriam

JOUR DE LA PATRIE BASQUE

Le 23 mars, à 11h 30 démarrera une marche populaire de Irun (Ficoba) en direction du fronton Gaztelu Zahar d’Hendaye. Le thème de cette marche sera:

Nazioa gara/Nous sommes une nation !

Zazpiak Bat/Souveraineté !

Venez nous rejoindre, mais auparavant arborons nos symboles à nos fenêtres et balcons.

MONTRONS NOTRE NATION !


TOUS DES CH’TIS SAUF …

L’éditorial de Christophe Barbier dans le numéro de l’Express du 6 mars 2008 intitulé « Tous des Ch’tis », a particulièrement attiré mon attention. Le film de Dany Boon décrit de manière formidable et de façon fort émouvante la légendaire convivialité des gens du Nord. Mais ce qui m’a interpellé dans le texte de Christophe Barbier, ce n’est pas la critique positive et méritée faite à ce film, sinon l’ani- mosité viscérale de l’éditorialiste envers ceux qui ont l’audace de se revendiquer autre chose que d’être français.
Les minorités, leur histoire surtout, en France n’ont aucun droit d’ existence. Pas de place pour d’autres peuples, d’autres ethnies, d’autres langues que le Français au sein de la République. (suite…)

PREMIER MARS 1984

182573829

Didier gogoan zaitugu ! Herriak bizi behar du !

1er mars 1984… un policier français assassine Didier Lafitte.

Pêcheur, gudari… Didier était un jeu- ne engagé dans la vie. Travailleur de la mer, il avait cette humilité qu’ont celles et ceux qui sont confrontés à la rudesse des éléments, et aux difficul- tés du quotidien des « gens de peu ».

Une humilité que Didier a mise au service de l’idéal abertzale.

La balle qui au soir de cette tragique nuit du 1er mars 1984 a ôté la vie à Didier, n’a en rien freiné l’élan géné- reux d’autres femmes et hommes d’Iparralde qui ont à leur tour donné le meilleur d’eux-mêmes pour que cette terre d’Euskal Herria trouve sa juste place dans le concert des nations libres.

Nous sommes encore loin d’atteindre l’objectif porté par Didier et ses compagnons de lutte. Si loin. Mais l’essentiel est là, bien présent. Il est dans ces jeunes qui se mobilisent, s’organisent, mutualisent les énergies, cherchent les voies nouvelles menant aux victoires de demain. Quelles que soient leurs décisions, leurs types d’action choisie, leurs formes d’engagement, ces jeunes incarnent ce que nous avons de plus précieux dans ce pays, la générosité, et la détermination.

LES LIBERTES MALMENEES

Le procureur de Paris veut durcir les conditions de l’application la liberté conditionnelle de Filipe Bidart.

Demain, 21 février, Filipe Bidart est convoqué au Tribunal de grande instance de Paris, au service de l’application des peines, devant le juge d’application des peines chargé de son dossier.

La raison de cette convocation ? Une saisine de ce même juge en vue d’une éventuelle modification des conditions de la liberté conditionnelle de Filipe. Il n’est, bien sûr, pas dans les intentions du magistrat qui fait une telle requête d’élargir le champ des libertés de Filipe mais il s’agirait plutôt d’ajouter des contraintes sur des terrains tels que «le droit de manifester», «le droit de s’exprimer» et peut-être même des restrictions dans le choix de ses relations.

Il est absolument ahurissant que la décision de la Cour d’appel de Paris (qui avait fixé en février 2007 les conditions de l’application de la peine de Filipe) soit ainsi remise en cause.

Nous avions constaté lors de sa sortie de Clairvaux que la libération de Filipe avait été très mal accueillie par une partie de la classe politique. Il est certain que ceux-là ne désarment pas et sont experts dans la recherche des moyens qu’ils peuvent mettre en œuvre pour revenir, au moins en partie, sur le verdict du 1er février 2007.

Un premier essai a fait long feu : le procureur de Paris s’est vu débouter de son pourvoi en cassation rejeté par ladite Cour.

Filipe est maintenant confronté à une nouvelle parade du juge d’ap- plication des peines de Paris. Jusqu’à quand, jusqu’où peuvent-ils aller ?

La liberté déjà bien limitée puisque «conditionnelle» de Filipe, la liberté des citoyens est vraiment menacée. L’histoire est capable de reproduire des actes ayant pour conséquence des périodes si sombres qu’elles nous semblent peut-être à tort révolues. La liberté de penser, de parler, de manifester, la liberté tout court nous devons la défendre ardemment.

Celle de Filipe aujourd’hui, celle de tous demain.

Autonomia eraiki