AUTONOMIARI BURUZ

Je me permets de vous écrire pour apporter ma petite contribution à la réflexion sur l’idée d’auto- nomie. Sans être spécialement légitime pour par- ler de l’autonomie pour le Pays basque nord, n’y habitant pas, il me semble que cette idée fait son chemin bien au-delà des revendications nationales. Ça n’est pas qu’un hasard sémantique si ce mot peut être formulé autant par les indépen- dantistes polynésiens que par les autonomes berlinois ou encore les zapatistes. Des démarches qui peuvent sembler bien loin les unes des autres… Pas si sûr. Se retrouve dans ces différents combats la même envie de penser, de s’organiser de produire et créer indé- pendamment de tout pouvoir central. Beaucoup semblent voir l’au- tonomie comme un premier pas à franchir avant l’indépendance. Bon. Le symbole et la reconnaissance de l’indépendance sont importants, mais la réalité quotidienne de l’organisation sociale l’est tout autant. L’indépendance est une revendication, elle est un cadre, tout comme l’autonomie peut n’être qu’un cadre légal. Mais elle peut être plus que cela, être une pratique, qui n’attend pas le feu vert de qui que ce soit pour se concrétiser. Elle donne les champs de compétence que la volonté décide, volonté individuelle ou collective. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a rien à revendiquer et que tout est à faire par nous-mêmes, il s’agit de dire que l’un n’empêche pas l’autre (de toutes façons, l’autonomie peut aussi s’inscrire dans le cadre d’un État indépendant). On a reproché aux zapatistes de ne pas s’inscrire dans une lutte pour l’indépendance de la nation indienne. Il n’empêche qu’ils s’autodéterminent au quo- tidien, sur des points aussi divers que la répartition de la terre, les rapports de domination en interne, le conflit de voisinage comme le conflit en Irak ou encore les relations avec les autres peuples du monde. Cette pratique quotidienne-là, beaucoup à travers le monde s’y attèlent, à de multiples échelles. C’est déjà une réalité. Beau- coup de gens au Pays basque, que cela soit formulé ou non, sont sur cette voie. Amplifions, creusons, multiplions ces démarches. Ne nous faisons pas d’illusions, jusqu’à un certain point seulement nous le pourrons, ensuite nous tomberons sur des murs.

Matias Ospital – Occitania

JAKIN ANTZINEKO IK-REN LIBURUAZ

1980 an sortu naiz, Filipe atxilotua izan zelarik zazpi urte nuen beraz.

Nahiz eta IK erakundeak nire gaztaroa zeharkatu duen, gutti nakien bere his- toriari buruz, eratu duten gizon emaz- teer buruz. Euskal munduan egoteak ez du bortsaz erran nahi politikoki iparral- deari buruz gauza asko dakigunik, fami- lia euskalduna ez dugunean oraindik gutiago, eta ez digu Hezkuntza Nazio- naleko programak sustu erakatsiko… Eneko-ren liburua duen balore pedago- gikoarentzat aholkatzen dut, bereziki gazteer, besteak beste La nuque raide eta Bixente Vrignon-en bi liburuak aholkatuko nituzkeen bezala. Gure historia ezagutu behar dugu ez ahanzteko eta aurrera segi- tzeko. Liburuaren egitura kronologikoa da, denboran zehar segitzen ditugu beraz Euskal herriaz maitemindu diren gizon emazte horien gogoetak eta ekintzak. Irakurketaz atxikitzen dudana gizon emazte horien kemena da, zerk bultzatu dituen hautu zail horretara, eta gibelapenarekin konturatzen naiz gaur egun ere, 2008ko bezperan, arazo berdinen aurrean garela… Bai lorpenak izan dira baina euska- raren erabilera % 5tan da Iparraldean ( Euskal Kultur Erakundeko azken inkestaren arabera) eta turismo basatiak familia batzuk euskal herritik kanpo bizitzerat behartzen ditu eta horren lekuko naiz maleruski. Horrezgain, nahiz eta lehen erabiltzaile naizen, ez dituzte Ryan Air edo Easy Jet hegaldi merkeek aferak hobetuko… Liburuak aipatzen dituen «flashback» delakoak ez dira gaurko egoeratik hain urrun eta frogatzat ditugu autonomia-ri buruzko gaurko eztabaidak ! Ainitz hunkitu naute heriotz tragikoen inguruan diren kapituluek, eta neska naizenez, Maddi ezagutzeko parada ukan ez dudala dolu dut. IK ez dela inoiz desegin azpimarra daiteke ere bai, 2003ko ekintza etikoak «egia» xekatzen du eta egia atxeman arte Nun da Popo galdera oraindik pausatua izanen da. Gaur egun IK isilik da baina ez du amore ematerat deitu. Borroka mota ezberdinetakoa izan daiteke, borroka instituzionala horietariko bat da. Euskal Herriaz maitemindu diren gizon emazte eta gazte kementsu batzuk hor direno, IKk iraunen du.

Audrey Hoc

IPARRETARRAK, UNE HISTOIRE HUMAINE ET POLITIQUE

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J’ai accepté d’apporter mon témoignage dans le livre d’Eneko Bidegain consacré au parcours de l’organisation politique abertzale Iparretarrak et de ses militants. Pas plus que pour les autres compagnons de cette lutte aux répercutions individuelles et collectives majeures, il ne s’est agi d’une démarche nombriliste, d’une volonté de se mettre en avant. Notre décision découle tout simplement de la conscience que des jalons d’une histoire humaine et politique se doivent d’être portés à la connaissance des généra- tions présentes et futures. Car Iparretarrak est une histoire humaine et politique avec ses exaltations et ses dé- convenues, ses succès et ses échecs, ses satisfactions et ses drames. Iparretarrak est la rencontre de femmes et d’hommes qui, à différentes périodes, ont eu la cons- cience que pour le pays qui est le leur, pour le peuple dont ils sont partie intégrante, il était devenu impératif de dire à la fois oui et non. Oui à un pays qui a droit à la vie, à la récupération et à l’exercice de ses droits inaliénables, à la conduite de ses affaires, à la prise en main de son présent, à la maîtrise de son devenir. Herriak bizi behar du ! Tout est dit dans ce qui est ô combien plus qu’un simple slogan. Mais pour proclamer le oui, il n’y avait malheureusement pas d’autre choix que de dire non. Non au sort qu’un État-nation façonné à force de violence et de «roublerie» réservait à notre terre, à ses habitants, à tout ce qui fait qu’un pays est réellement une entité vivante : son identité, sa culture, son organisation sociale, ses moyens d’existence et de développement. Un sombre dessein auquel adhérait, par conviction ou par calcul politique de bas étage, un personnel politique local chez lequel la médiocrité n’avait d’égale que la veulerie. Iparretarrak n’a jamais conçu de dire non sans proclamer dans le même temps oui. C’est là toute la différence entre l’activisme purement et simplement réactionnel et le travail politique conscient et réfléchi. Les militants de ce que personnellement je définis comme une organisation politique – et non comme une organisation politico-armée comme dans le titre du livre d’Eneko Bidegain – ont la pleine conscience, dès leur engagement dans cette forme de lutte, que la violence ne saurait être qu’un moyen de faire évoluer une situation et jamais au grand jamais une fin en soi. (suite…)

LA MEMOIRE DES LUTTES

éditorial d’Ekaitza n° 1105

C’était il y a quelques semaines. Lors d’un rassemblement en faveur des preso, un groupe de jeunes abertzale chante à tue-tête Arrantzale, la chan- son bien connue de Guk, chanson faite en hommage à Didier Laffitte, militant d’Iparretarrak tué par la police française le 1er mars 1984 à Bayonne. A la demande faite par une personne aux tempes blanches à l’un de ces jeunes, s’il savait ce qu’il chantait, la réponse fut que non, que le nom de Didier Lafitte ne lui disait rien. Stupé- faction, puis questionnement. Mais qu’avons-nous fait ou pas fait pour que l’histoire récente de notre pays ne soit pas connue des plus jeunes, des plus sensibilisés, des plus conscientisés ? Pourquoi ce trou de mémoire ? Comment construire un présent et un futur sans une juste connaissance d’un passé, récent qui plus est ? L’ouvrage que vient d’écrire Eneko Bidegain, Iparretarrak, erakunde politiko armatu baten historia, arrive au bon moment. Il permettra que nous puissions nous remettre en mémoire un pan de notre histoire. Il permettra cette nécessaire réappropriation de la connaissance de faits qui ont contribué à façonner notre présent. Car Iparretarrak a participé de façon majeure – nul ne le conteste – à l’écriture de l’histoire d’Iparralde. S’imprégner de cette histoire, connaître les motivations, les valeurs, les objectifs de celles et ceux qui au nom de l’idéal abertzale ont pris les armes et ont incarné la forme de résistance la plus radicale face au pouvoir dominant et oppresseur, est absolument nécessaire pour poursuivre la tâche. Pour continuer à oeuvrer de façon responsable en faveur de cet idéal de liberté et de justice qu’est l’idéal abertzale.
Nulle trace de nostalgie ou de rancoeurs dans cet ouvrage. Il est le témoin de l’humilité et de la détermination qui ont été nécessaires pour tracer un sillon… un sillon à poursuivre. C’est ce à quoi la lecture de ce livre nous invite.

EKAITZA

L’AUTONOMIE DANS LA RUE

Une manifestation revendiquant l’autono- mie en Iparralde est organisée le samedi 15 décembre à Bayonne. Fantxoa Fleury, d’Autonomia eraiki, nous explique ses mo- tivations pour descendre dans la rue :

Pourquoi une autonomie pour Iparralde ?

C’est une évidence de rappeler qu’aujour- d’hui Iparralde (le Pays basque nord) n’a guère de moyens de gérer son territoire, en un mot qu’Iparralde n’a aucune existence. Revendiquer l’autonomie est donc tout simplement l’exercice du droit fondamental de tout peuple à disposer de lui-même, droit qu’en France on aime bien rap- peler pour les autres, mais qu’on se garde bien d’appliquer pour tous les peuples sous domination française. L’autonomie est un ca- dre institutionnel, vague certes, mais minimal pour pouvoir com- mencer à exercer ce droit. Ainsi la revendication d’un département, qui a longtemps occupé le devant de la scène, n’apporte qu’une reconnaissance territoriale symbolique, mais n’offre aucun moyen d’une gestion autonome, puisque justement le département a été conçu pour être le relais de l’état centraliste. Mais bien sûr revendiquer un statut d’autonomie n’est pas suffisant, il suffit de voir en Hegoalde comment le gouvernement d’Euskadi dans le domaine économique ou au niveau de la répression politique n’est pas bien autonome du gouvernement de Madrid. Il faut donc que cette revendication d’autonomie s’appuie aussi sur un projet de société. (suite…)

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