EXISTER … POUR PROGRESSER DANS L’AUTONOMIE

Commentaire de Yann Choucq après le premier forum AUTONOMIÆ

Pendant ces deux jours j’ai assisté aux débats menés par les mili tants pour la survie d’un peuple : le peuple basque. J’ai parlé…  mais j’ai aussi écouté. Les propos qui vont suivre ne résoudront pas la problématique du statut de ce peuple en Iparralde.

Ils tenteront plus modestement de lancer quelques pistes de réfle- xion dans la corbeille, espérant qu’elles permettront de progresser.

Le peuple basque existe, je l’ai rencontré depuis de nombreuses années. Il existe institutionnellement divisé par les caprices des rois, au gré de leurs alliances et de leurs intérêts circonstanciels.

Imposer la partition et la soumission à ce peuple n’a pas eu pour effet de le faire disparaître, car ce qui unit les femmes et les hommes qui s’y identifient est plus fort et plus durable que le bon plaisir des monarques.

La conséquence, mais elle n’est pas mince, est de les effacer dans le système institutionnel. Au nom du droit inaliénable des peuples à disposer  d’eux-mêmes, leur lutte va alors se centrer logiquement vers la reconquête de leur existence en tant que sujet de droit.

Le Forum sur l’autonomie a constitué et constituera une démarche vers la reconnaissance, ou plutôt de la résurrection de son droit à l’existence collective.

Alors et dans la dernière partie du Forum les organisations partici- pantes ont échangé sur la problématique du statut à revendiquer entre le « département basque » ou « l’autonomie ». J’entends soutenir ici que cette divergence apparente risque de mener un « faux débat » vers la division et l’impasse, alors qu’il peut être résolu à la satisfaction du but commun : la reconnaissance juridique de l’entité humaine et territoriale basque.

Pour jacobine, centraliste, uniformiste qu’elle soit et je ne crois pas avoir ménagé mes critiques sur ce point au cours des débats, la Constitution actuelle dans son interprétation jurisprudentielle pour- rait le permettre.

Il est en effet possible d’évacuer les modèles existants (départe- ment ou région).

C’est ainsi que dans sa décision  n° 91-290 EC du 14 mai 1991, tout en censurant fermement la notion de «peuple corse, composante du peuple français» comme contraire au principe d’indivisibilité du «peuple français» concept à valeur constitutionnelle, il proclamait par ailleurs :

«Considérant que la consécration par les articles 74 et 76 de la Constitution du particularisme de la situation des territoires d’outre- mer , si elle notamment pour effet de limiter à ces territoires la possibilité pour le législateur de déroger aux règles de répartition des compétences entre la loi et le règlement, ne fait pas obstacle à ce que le législateur, agissant sur le fondement des dispositions précitées des articles 34 et 72 de la Constitution, crée une nouvelle catégorie de collectivité territoriale, même ne comprenant qu’une unité, et la dote d’un statut spécifique …»

En clair et pour un lecteur peu habitué au jargon juridique, cette interprétation de la Constitution actuelle par le Conseil Consti- tutionnel autorise le Parlement à créer une Collectivité territoriale spécifique et unique dotée de son propre statut. Ainsi, la loi peut demain décider de la création d’une Collectivité territoriale dénom- mée «Pays Basque».

Certes, la même décision interdit de prévoir qu’elle sera chargée de régir le peuple basque» même défini comme «composante du peu- ple français» , ce qui est au demeurant plus que discutable.

Par contre, comme le rappelle le Conseil Constitutionnel dans la mê- me décision, en créant cette collectivité, il devrait se conformer au «principe constitutionnel» de «libre administration des collectivités territoriales».

Ceci impliquerait que la Collectivité ainsi créée disposerait au mini- mum :

– d’une assemblée élue,

– d’un exécutif,

– d’un budget propre.

Chacun appréciera si une démarche en ce sens qui permettrait de surcroît  la séparation d’avec l’entité départementale «Pyrénées Atlantiques»  pourrait constituer une démarche revendicative apte à concilier ce que ne me paraît constituer qu’un débat sémantique pour la même finalité :

La reconnaissance juridique de l’entité basque.

La démarche aurait en outre l’avantage de pouvoir se prévaloir d’une constitutionnalité avérée.

Je forme ici le vœu que chacun y réfléchisse pour faire avancer le débat sur la sauvegarde du peuple basque ami.
Yann CHOUCQ

DE L’AUTRE COTE DE LA TERRE

Très bel article de nos amis polynésiens Keitapu Maamaatuaia- hutapu et Thierry Pousset sur Tavini Huiraatira. Nous en profitons pour les saluer à nouveau et les remerciant chaleureusement pour leur participation à notre forum Autonomiae ces 26 et 27 octobre dernier.

Nous mettrons très prochainement en ligne leurs différentes prises de paroles publiques. Et peut-être quelques surprises aussi… En attendant, allez donc faire un tour sur le site indépendantiste du Front de Libération de Polynésie… Et ne vous abstenez surtout pas de laisser des commentaires, ici comme à l’autre bout de la planète.

Xan Ansalas

JO ANTZINA* !

éditorial d’Ekaitza n° 1099

Le 1er Forum sur l’autonomie qui s’est tenu à Baiona le week-end dernier avait pour ambition, pour ses promoteurs, de nourrir les participants d’une information, fruit de l’expérience d’acteurs poli- tiques venant de diverses contrées du monde et de la vision d’ex- perts en la matière. L’objectif a été atteint.

Si tant est que certains avaient des doutes sur le sujet, ce forum aura clairement démontré que la Liberté, la dignité retrouvée, et l’émancipation sociale et culturelle passent, pour de plus en plus de peuples, par l’accession à l’autonomie.

Un concept d’autonomie qui prend mille visages, tant il est souple et adaptable aux situations données, en un temps donné. Concept évolutif par excellence, l’autonomie a été décrite par toutes et tous comme le cadre institutionnel du présent et surtout de l’avenir. Un cadre permettant de résister aux effets nocifs de la mondialisation en cours, tout en concourant au développement des échanges entre les peuples.

Les acteurs politiques d’euskal herria qui ont participé à ce forum ont tous, peu ou prou, dit tout l’intérêt qu’ils portaient à l’institution autonomique. Reste que nous sommes engagés dans une course contre la montre, particulièrement en Iparralde (Pays basque nord), où des considérations tactiques ou, pire, des considérations de basse politique politicienne, ralentissent notre réflexion et notre action pour aller à l’essentiel, au vital ; l’accession à l’autonomie.

La jeunesse, ô combien présente à Amnistiaren Eguna ce dimanche, ne demande pas autre chose. Aller à l’essentiel. Pour en finir avec une situation critique sur le plan identitaire et social. Pour en finir avec ces souffrances imposées à nos preso (prisonniers politiques basques) et à leurs familles. Pour vivre, enfin, dans une situation où, chacune et chacun, aurait dans ce pays, Euskal Herria, les moyens de vivre en Paix. Une Paix, fruit de la justice et de la dignité retrouvée.

Autonomia, lehen urratsa**

EKAITZA

* Allons de l’avant !

** L’autonomie comme première étape…

PREMIER BILAN A CHAUD

Quel bilan tirez-vous de ce 1er Forum sur l’autonomie ?

Un bilan globalement positif, à l’évidence. Une présence moyenne d’une centaine de personnes sur l’ensemble des débats, en un week-end chargé en matière de programmation festive et autres, c’est bien. Les invités, compétents et déterminés, étaient bien prêts à la rencontre, au partage de connaissance. Pour nous, l’objectif était de nourrir le public de connaissances et d’information qui permette aux un(e)s et aux autres d’avoir une idée plus précise de ce que Autonomie veut dire, de ce que l’autonomie peut engendrer dans le quotidien des communautés, des individus. Nous pensons avoir atteint cet objectif. Et ceci, grâce aux contributions brillantes des invité(e)s.

Quelle leçons politiques tirez-vous de ces débats ?

Trois idées se dégagent. Premièrement, il y a unanimité chez les partis abertzale pour définir et approfondir le concept d’autonomie. Reste qu’il faut que les partis abertzale s’en  donnent les moyens… Deuxièmement, s’est dégagée l’idée que l’avenir ne se préparera qu’en tenant compte des différences, de la pluralité des êtres qui vivent et travaillent en Iparralde. Cela nécessite d’aller vers les organisations et représentations de la société civile qui ne sont pas acquises à nos idées, à notre projet. Cela nous demandera beaucoup de pédagogie, de patience, voire même de courage pour aller à la rencontre de gens ou de structures qui dans le passé plus ou moins récent ont eu des prises de position défavorables aux abertzale et à leur idéal. Troisièmement, a été soulignée par beaucoup la nécessité de remettre en activité la Commission Institutionnelle qui, lorsqu’elle était en fonction, menait un travail extrêmement positif et fructueux.

Quels ont été les temps  forts ?

L’actuel ministre de la Mer polynésien, Keitapu Maamaatuaiahutau et Thierry Pousset, le chargé des relations  avec les nations sans états sous tutelle française, ont à l’évidence étaient des intervenants qui ont marqué les esprits. Leur engagement militant lié à leur expérience présente du pouvoir en Polynésie a donné à leur intervention un poids, une épaisseur, que nous avons tous appréciés. Il y a eu également l’intervention de Luc Reinette. Celui que l’Etat français considérait dans les années 80 comme le leader de l’Alliance  Révolutionnaire Caraïbe (ARC)  est venu témoigner avec le talent qu’on lui connaît de la longue histoire des luttes du peuple guadeloupéen pour défendre sa dignité, mais également transmettre un message de solidarité de son mouvement à l’égard de celles et ceux qui participaient au Forum. D’autres intervenants, au titre d’experts, tels que Yann Choucq, Frédérique Roux, ont également beaucoup apporté à la compréhension du concept d’autonomie. En fait, toutes celles et ceux qui ont participé aux débats, qu’il s’agisse du député Pascal Prince du Jura suisse, de Jordi Veira, de Patxi Zabaleta ou encore de Mikel Arana, chacun a apporté un éclairage personnel profitant à l’ensemble.

Autonomia eraiki a pris l’initiative de proposer une motion à la signature des partis politiques présents lors de la table ronde concernant l’avenir institutionnel d’Iparralde. Quel est le sens de cette démarche et son résultat ?

En ce début de semaine, le comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Vème République, présidé par Balladur, a rendu son rapport au président de la république. Autonomia eraiki a souhaité que le forum s’inscrive aussi dans l’agenda des réformes institutionnelles en cours, pour faire entendre la légitime et fondamentale revendication provenant d’Iparralde. C’est ainsi qu’Abertzaleen Batasuna, Eusko Alkartasuna et Batasuna ont signé cette motion qui a été adressée au Comité  Balladur. Cet acte fort, est un événement en soit. On ne peut que souligner le sens des responsabilités dont ont fait preuve, à cette occasion, les trois organisations abertzale signataires. Autonomia eraiki souhaite que d’autres formations politiques se joignent à cette démarche dans les temps à venir.

Il y a eu également une présence artistique…

Oui, l’artiste graphiste Toz a effectué une grande œuvre (2,5m x 3m) en direct durant la tenue du Forum sur le thème de l’autonomie. Œuvre qui peut être vue sur le blog Autonomia. Puis, c’est Phil Totem qui a exposé des sculptures, tout en travaillant lui aussi sur une oeuvre devant le public. Pas de politique sans culture et pas de culture sans politique…

Mouss, Hakim et l’équipe d’Origines Contrôlées étaient aussi des vôtres. La fête était donc au rendez-vous ?

Oui, nous avons eu la chance d’avoir pour invités Mouss et Hakim du groupe Origines Contrôlées. Ils ont pris part au second débat de samedi, évoquant entre autres leur attachement à la notion d’autonomie, dans leurs vies d’hommes, d’artistes, dans les quartiers dont ils sont issus et où ils vivent. Puis, après s’être produits sur la scène du Festival Baiona, ils nous ont offert un concert au bar Kix kil. Une soirée mémorable aux dires de celles et ceux qui y ont participé. Origines contrôlées sont des motivés (!). On le savait. Ils nous l’ont encore superbement prouvés.

Des regrets ?

Nous avions beaucoup d’invités de qualité. Beaucoup trop probablement. Cette richesse de l’affiche n’a pas permis d’entendre suffisamment de temps les un(e)s et les autres. Mais nous réinviterons certains d’entre eux dans l’avenir. Regret aussi que la totalité des partis abertzale n’aient pas signé la motion, bien évidemment. Mais nous avons confiance en l’avenir…

Regret, enfin, qu’il n’y ait pas eu plus de jeunes présents lors des débats. Nous avions là des grands témoins de luttes menées pour l’obtention de statuts d’autonomie. Il fallait être là pour les entendre, s’en nourrir. Cette critique de l’absence de jeunes est une critique qui peut être aussi faite à l’adresse de bons nombres de militant(e)s abertzale qui n’étaient pas sur les bancs de l’IUT pour s’enrichir du contenu des débats. Et puis, il y a eu cette absence des partis politiques non abertzale, qui pourtant avaient été invités à participer aux débats… une absence qui en dit long sur le fossé qui sépare à ce jour ceux qui ont une vision passéiste de la géopolitique et ceux qui voient en l’avenir un champ de renouveau basé sur la responsabilisation des êtres et des peuples, sur l’Autonomie !

Et la suite ?

Dans les semaines qui suivent, Ekaitza et le blog Autonomia diffuseront les prises de paroles des invités aux débats du Forum. Nous avons été contactés par diverses personnes pour organiser des débats, des rencontres, avec des gens intéressés par notre démarche. Des organisations investies dans le champ des luttes pour l’obtention de l’autonomie nous ont également contactés de l’étranger, via le blog. On sent que ça bouge, qu’il va nous falloir assumer nos engagements et beaucoup travailler. La suite c’est aussi organiser un fonctionnement d’Autonomia eraiki qui permette d’être à la hauteur des enjeux. La suite, ce sera aussi trouver les soutiens financiers qui nous permettront de poursuivre l’action (et déjà  rembourser les frais engagés par la tenue de ce premier forum !).

Un dernier mot ?

Oui, pour remercier celles et ceux qui ont contribué d’une façon ou d’une autre à la réussite de ce Forum. Preuve a encore été faite que l’action collective donne toujours de beaux résultats, quand elle est basée sur le respect et la volonté de construire. L’Autonomie c’est aussi ça…être responsable vis à vis de soi, et vis à vis des autres

NOTRE PAYS A BESOIN DE MILITANTS POLITIQUES

[discours pour le dernier Amnistiaren Eguna à Makea]

Nous vivons aujourd’hui le 24éme Amnistiaren Eguna (appelé autre- fois Presoen Eguna). Vingt-quatre années que la Commission Anti- Répression (CAR) apporte un soutien sans faille aux militant(e)s d’Iparretarrak (IK). Pour la première fois depuis près d’un quart de siècle, nous n’avons plus de militants d’IK en prison. Mais prés de 600 preso (prisonniers politiques basques) continuent à vivre l’insupportable condition pénitentiaire. Six cent femmes et hommes incarcéré(e)s dans les infâmes prisons françaises et espagnoles pour avoir défendu les intérêts du peuple basque. Ils sont ici, ce soir, parmi nous, par le cœur et par l’esprit.

Mais il nous faut rappeler que Filipe Bidart, dernier militant d’IK  ayant connu la prison, peut être remis en prison. Une décision sera prise d’ici peu à son encontre. Il nous faut être vigilants. Rappeler aussi que la CAR a toujours aidé les preso mais également les ex-preso soumis au paiement d’amendes au « Fonds de Garantie des Victimes du Terrorisme » et aux assauts réguliers des huissiers. Des amendes qui représentent à ce jour une somme globale de plus d’un million et demi d’euros à payer. Somme colossale. La sortie des militants d’IK de prison n’est donc pas synonyme de fin de mobilisation, loin s’en faut. Il nous faut donc continuer à aider financièrement la CAR. La mobilisation doit se poursuivre !

Cet Amnistiaren Eguna 2007 signe donc la fin d’un cycle… et le début d’un autre cycle. Car la lutte continue. Et le fil rouge de cette lutte débutée voilà maintenant plusieurs décennies, est la reven- dication de l’autonomie. Une revendication portée aujourd’hui par Autonomia eraiki, mouvement comprenant dans ses rangs la ma- jeure partie des anciens preso d’IK… militant(e)s qui ne portent pas la revendication d’autonomie depuis 6 mois… mais depuis de longues années. Constance, fidélité dans les objectifs, des qualités qui ne peuvent leur être niées…

A vous, jeunes abertzale, qui représentez la très grosse majorité des personnes présentes à cet Amnistiaren Eguna, quelques mots à présent…

Ce pays, notre pays, n’a pas besoin de soldats. Il a besoin de militant(e)s politiques. Les soldats suivent les ordres, répondent aux slogans. Un combat politique ne se gagne pas avec des slogans mais avec des arguments, des discours construits. Chacun(e) d’entre vous se doit d’être en capacité de défendre face à qui- conque, et en toutes circonstances, notre Idéal commun. Formez- vous, informez-vous ! Préparez-vous à être les cadres de demain. Le savoir, la connaissance et votre détermination d’abertzale, l’amour que vous portez à notre patrie sont les meilleurs atouts pour faire de vous les meilleurs ambassadeurs de notre nation.

Autonomia eraiki est là, qui s’inscrit dans le paysage politique de ce pays. Autonomia eraiki a pour objectif, cela a été dit à plusieurs reprises, de sensibiliser, informer, sur le concept de l’autonomie. Une autonomie que nous considérons comme l’outil institutionnel nécessaire à l’acquisition des moyens de notre dignité. Autonomie, facteur d’émancipation, sur le plan identitaire et social. Nous vous invitons à nous rejoindre, pour dessiner les contours de cette institution d’avenir, et la construire. Pour vous nourrir du savoir nécessaire pour que chacun(e) d’entre vous, d’entre nous, soit capable d’être un(e) militant(e) responsable. Parce que l’autonomie commence par soi-même, parce qu’elle est d’abord un combat sur soi-même.

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