CINQ RAISONS POUR VOTER

aux élections législatives du 17 juin

dans la IVe circonscription des PA

En rejoignant aux législatives la coalition EH Bai, les candidats de Batasuna ne se sont pas comptés, mais ils ont franchi un grand pas. Ils sont devenus acteurs, au même titre que Eusko Alkartasuna et Abertzaleen Batasuna. Ils ont contribué à l’élargissement du vote abertzale (patriote basque) avec les autres composantes de la gau- che abertzale. Et ce résultat est important ne serait-ce que symbo- liquement, parce qu’une fois encore, le vote abertzale progresse, et je dirais même accélère sa progression. C’est un message fort adressé à tous les observateurs, commentateurs de la vie politique, mais aussi à tous les partis politiques nationalistes (quand je parle de nationalistes, j’entends les partis jacobins et centralisateurs français). Ce n’est pas parce que l’alternance s’opère entre eux, qu’ils doivent négliger que leur vote s’effrite peu à peu et que le vote abertzale se consolide à son rythme.

Ce que la gauche abertzale a construit méthodiquement, élections après élections ces 21 dernières années… n’a pu se produire que parce que la gauche française, agrippée à sa vision étatiste et cen- traliste, s’obstine à présenter des candidats frontalement opposés aux aspirations des habitants de ce pays, notamment sur le plan institutionnel et de la reconnaissance de l’identité basque.

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Le PS (Parti socialiste français) n’a semble-t-il pas pris la mesure ce que lui arrive, il devrait regarder ce qui est arrivé au Parti radical puis au Parti communiste, pour comprendre ce qu’il pourrait éviter s’il faisait preuve d’intelligence.

Dans les soixante dix ans qui ont précédé la seconde guerre mon- diale, le Parti Radical, pesant entre 20 et 45 % des voix était l’héritier principal de l’idéologie jacobine de la république… crispé sur un nationalisme sourcilleux. Il a quasiment disparu de la scène politique, et ne survit, à droite comme à gauche, que par la bienveil- lance de l’UMP d’une part et du Parti socialiste d’autre part.

Il en est de même du Parti communiste qui de la Libération aux années 70 représentait encore 20 à 25 % des voix. Ce parti qui dans ces meeting et ses congrès chantait la Marseillaise avec encore plus d’enthousiasme que l’internationale s’est rabougri aujourd’hui à 2 % des suffrage et ne survit, lui aussi, qu’à la bonne volonté du PS.

Aujourd’hui, le Parti socialiste a repris le flambeau du discours jaco- bin et centralisateur. En repoussant ad vitam aeternam la refonda- tion de son logiciel politique en refusant de se démarquer de son hé- ritage jacobin, de la dimension nationaliste, portés par les mythes fondateurs issus de la Révolution française, le PS est bien parti pour suivre le chemin de ses illustres prédécesseurs radicaux et commu- nistes.

Son inexistence en Corse, sa faiblesse chronique en Alsace, et les croupières qu’il se fait tailler en Pays basque, par le vote abertzale, écologiste et anti-libéral, s’explique largement par l’influence en son sein des sensibilités issues de la pensée jacobine, qui par des méthodes d’un autre temps, s’obstinent à désigner des candidats les plus crispés, tant sur les thématiques sociétales, que sur la question de la diversité (le rôle des femmes, la parité, les minorités visibles et les minorités nationales).

Ici en Pays basque, Jean Espilondo et ses proches ont fait tourner tout leur discours et leur projet, depuis une quinzaine d’années, sur la stigmatisation et la marginalisation des abertzale, et de ceux qui, parmi leurs camarades socialistes, veulent travailler avec les aber- tzale. Ils ont eu tort, et ça les a menés à une nouvelle et cinglante défaite, dans une circonscription qui avait donné près de 53 % à la candidate de gauche au second tour de la présidentielle. Mais ce n’est pas le cas de tous les socialistes…

Tous les candidats socialistes ne sont pas à mettre dans le même panier, Sylviane Allaux sur la VIe circonscription, avec Kotte Ecenarro incarnent une vision moderne et ouverte à la question ins- titutionnelle. Nombre d’élus abertzale ne s’y sont pas trompés en appelant à voter pour eux.

5c3792a7c3f98500d4b3de40e459f76dMais le plus étonnant vient du Béarn, pour une fois, où Jean- Pierre Domecq, le candidat socialiste sur la IVe circons- cription, a pris depuis sa dési- gnation une piste résolument en rupture avec la vision tra- ditionnellement jacobine et centraliste de son parti. Non seulement ce candidat est signataire de Batera, mais il a le courage de proposer des solutions qui vont un peu plus loin encore.

Il est tout de même curieux, que depuis des mois, ce can- didat s’époumone à évoquer une piste institutionnelle originale pour le Pays basque et que, par une forme d’omerta, il n’y a pas un journal local, pas une radio de la région qui n’ait consacré quelques secondes ou quelques lignes pour l’originalité de ses propositions, s’inscrivant dans une dynamique de processus de paix. Univer- sitaire, économiste spécialisé dans le développement durable, dans les régions à forte identité dans le Tiers monde, notamment en Afrique, Jean-Pierre Domecq, en opposition à Jean Espilondo, est un partisan d’une institution spécifique aux pouvoirs élargis, disposant de moyens renforcés en matière de développement linguistique, d’enseignement notamment universitaire, et de développement économique local.

Il a fallu attendre que des télévisions allemandes ou espagnoles viennent interviewer ce challenger de l’unique triangulaire de France, où il s’affrontera au chanteur pyrénéen le plus célèbre de l’hémicycle et au maire de droite d’Oloron, pour qu’on découvre les positions originales de ce candidat.

Et les médias locaux restent silencieux.

Certains diront que c’est joué d’avance, ils auront tort. Les deux candidats de droite ont quasiment fait le plein des voix, à hauteur de 30 % des voix chacun.  Les 20 % des voix socialistes, et les 8 % des autres voix de gauche, le hausse quasiment au même niveau. L’écologiste Jenofa Cuisset, le communiste Louis Labadot et Jean Haira de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) se sont enga- gés résolument aux côté de l’universitaire socialiste. De plus, il y a en raison de l’abstention, des réserves de voix pour tout le monde, mais en particulier à gauche, à ne pas négliger.

Il reste les 6 % des voix abertzale qui pèseront dans le débat, et serviront d’arbitre. Et une bonne partie de ces voix pourraient se laisser séduire par l’originalité des positions institutionnelles que Jean-Pierre Domecq devrait avoir l’occasion de développer ce jeudi 14 juin, à 19 h, dans le débat qui l’opposera sur Irulegiko Irratia, pendant une heure, à ses concurrents de droite.

Et pour le coup, le déplacement de la moitié de l’électorat abertzale, pourrait suffire à ce que le candidat en rupture de jacobinisme puisse l’emporter contre le maire de droite d’Oloron, donné favori.

Cette surprise aurait pour conséquence de focaliser un instant l’attention de tous les médias de l’hexagone sur les raisons de cette élection et remettre la question institutionnelle pour le Pays basque, au cœur de la soirée électorale, dimanche soir.

Les abertzale du nord sauront-ils saisir cette opportunité ?

De la même manière que le PS et le PC ont été érodés par la montée des courants abertzale, alternatifs, écologistes, et anti-libéraux… Il serait peut être temps d’en faire de même avec la droite natio- naliste française qui gouverne le Pays basque, sans discontinuer. Puisque cette droite se montre ambiguë, indifférente, voire hostile sur la question d’une institution spécifique au Pays basque… le centre et la droite basque ont aussi une responsabilité, celle de tailler des croupières à ce parti conservateur devenu omnipotent et écrasant, qu’est l’UMP.

Ce n’est que parce qu’elle verra son capital électoral s’effriter, voire s’effondrer, que la droite française cessera de traiter la question institutionnelle avec arrogance.

Lorsqu’on veut construire un processus de paix, le principe est de donner toutes ses chances à ce processus en valorisant les formes légales, publiques, électorales des sensibilités les plus radicales, afin d’avoir des interlocuteurs. Au Sud, avec Batasuna, les in- terdictions, l’ostracisme, et la désignation à la vindicte publique d’un courant de pensée qui représente 5 à 20 % de l’électorat, selon les provinces (au nord comme au Sud) est non seulement une erreur, mais c’est une faute, car on ne fait jamais la paix en niant l’existence de l’autre, en le privant de son droit à se soumettre au suffrage universel.

C’est la raison pour laquelle, lorsqu’on on est une force politique qui aspire à construire ce pays, on ne peut rester à l’abri, en se réfugiant dans des listes municipales où l’on n’occuperait que des fonctions sulbalternes… ou appeler à voter pour des candidats d’un nouveau mouvement politique, aussi respectable soit-il, mais issu de la droite française, et qui a le plus grand mal à s’en démarquer.

Les élections cantonales, régionales, législatives, sont là aussi pour faire exister cette sensibilité politique abertzale.

Si le PNB ne souhaite pas le faire en s’associant aux autres com- posantes abertzale, de gauche (une famille dont il ne se réclame pas), ça peut se comprendre et se justifier, à condition que la visibilité du centre ou de la droite basque apparaisse au grand jour avec des candidats assumés, défendant sans ambiguïté des pro- grammes qui reconnaissent la nécessité d’une institution spécifique pour le peuple basque.

Depuis vingt ans, en Iparralde (les 3 provinces basques en territoire français), le PNB, c’est comme un frêle chêne de Gernika qui tente de pousser au milieu d’une forêt de pins, à l’ombre des géants.

Pour pouvoir pousser, prospérer, il a besoin d’espace et de lumière.

IKER

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