CONSTRUIRE L’AUTONOMIE: POUR QUE LE PAYS BASQUE PUISSSE CHOISIR, AGIR, EXISTER

d4cabf3c68b900871b0fc23d9a96b703Autonomia eraiki… Le mouvement politique dont la création a été formalisée par l’Assemblée générale du 23 juin 2007, et qui elle-même faisait suite à la conférence de presse du 7 avril précédent, a clairement posé les termes d’une ambition : construire l’autonomie. Le seul fait que le mot autonomie soit énoncé est en soi une évolution heureuse, tant il pouvait sembler que le mouve- ment abertzale en Pays basque nord oscillait à ce propos entre deux extrêmes. En caricaturant un peu le tableau, l’autonomie, en tant que concept in- stitutionnel, était trop pour certains, pas assez pour d’autres. Trop pour les tenants d’une politique des petits pas, pas assez pour les doctrinaires de la revendication indépendantiste.

Il serait sans doute intéressant d’analyser les ressorts d’une telle situation, où l’on retrouverait pêle-mêle : une certaine immaturité politique, un mimétisme par rapport au Pays basque sud ou tout du moins une partie de la société basque au sud, une colonisation des esprits – en raisonnant toujours par rapport à ce que Paris pourrait accepter ou pas –, et toute une palette d’attitudes allant du pur opportunisme au dogmatisme idéologique, souvent – toujours ? – limité à de simples incantations. Toutefois, cela dépasse non seule- ment les capacités de l’auteur de cette contribution, mais n’est pas, en outre, le propos qu’on voudrait développer ici.

Un modèle institutionnel rationnel et adaptable

Autonomia eraiki devra avoir pour ambition de faire émerger et mû- rir dans les consciences que l’autonomie représente un projet politique tout à la fois réaliste et imaginatif, réalisable et évolutif, raisonnable et porteur de solutions nouvelles pour une société plus libre, plus démocratique, plus juste, plus solidaire. Ces aspirations devraient pouvoir être toujours dans la ligne de conduite des femmes et des hommes appelés aux responsabilités mais c’est la construction du modèle autonomique qui garantira qu’il en sera bien ainsi. Car l’autonomie c’est bien une construction, ou plutôt des constructions. Celle d’un cadre institutionnel mais aussi – et c’est sur ce plan-là que le projet sera abertzale – celle d’un projet de société répondant aux aspirations énoncées plus haut.

Le cadre institutionnel, c’est ce qui permet à un pays et à sa popu- lation de faire des choix, de maîtriser des leviers d’action et de con- duire des politiques, d’agir en partenariat avec d’autres collectivités ou entités. De la sorte, une autonomie doit permettre au Pays bas- que nord de gérer ses propres affaires au mieux de ses intérêts, ce qui ne veut pas dire au détriment des intérêts d’autres collectivités, entités, pays, populations. Une autonomie, limitée au concept de l’institution, il y en a de multiples exemples autour de nous et l’on peut même dire que c’est le modèle de fonctionnement le plus lar- gement répandu, la France faisant – là encore – figure d’exception.

Le modèle autonomique n’est cependant pas unique et il y a de grandes différences entre, par exemple, les Länder allemands, les cantons suisses, le système instauré en Belgique ou, plus proche de nous, les autonomies de l’Etat espagnol. Dans ce dernier cas de fi- gure, il y a en outre d’énormes disparités de statut – et donc de ni- veau d’autogouvernement – entre les communautés à fort carac- tère historique Euskal Herria, Catalogne, Galice – et d’autres régions (appelons-les comme ça par commodité), comme, par exemple, Estremadura, Cantabria, La Rioja, Murcia… Inutile de préciser que c’est l’histoire qui a fait que des pays englobés dans l’Etat espagnol ont façonné une plus ou moins forte identité communautaire et que seuls quelques-uns répondent à ce jour aux critères de nation. Cet- te plus ou moins forte identité historique des communautés autono- mes de l’Etat espagnol fait toute la différence en termes de maîtrise des compétences et donc de niveau d’autogouvernement.

Des articulations et des partenariats à imaginer

Pour ce qui nous concerne, en Pays basque nord, il est bien évident que les modèles d’autonomie les plus avancés sont ceux qui répon- dront le mieux à nos aspirations, à nos besoins et tout simplement à nos droits. Il est cependant intéressant d’étudier l’organisation institutionnelle de pays comme l’Allemagne où, même sans cri- tères nationaux différenciés, les Länder disposent de très larges compétences d’autogouvernement, donc de la possibilité de faire des choix propres. La compétence législative et normative sera bien évidemment déterminante quant à la faculté de décider et d’agir au plus près des besoins d’une population donnée. Sur cette question- là, il faudra trouver les moyens de l’articulation avec non seulement les instances législatives de l’Etat français, mais aussi avec les institutions de l’Union européenne. Cela nous amènera, de fait, à réfléchir au cadre dans lequel s’insérera au mieux une autonomie du Pays basque nord, à approfondir des questions comme l’Europe fédérale ou confédérale, les modalités de fonctionnement entre des pays à forts caractères nationaux et des communautés qui n’ont pas ces caractéristiques, les partenariats politiques plus ou moins développés.

Une réflexion toute particulière devra être menée sur l’articulation à trouver – et à faire admettre à Paris – entre une autonomie du Pays basque nord et les deux communautés autonomes du Pays basque sud. Le cadre d’une eurorégion peut constituer une première ré- ponse, mais, pour un projet abertzale en tout cas, il est nécessaire d’imaginer des perspectives plus conformes à un avenir commun, à plus ou moins longue échéance entre les habitants des sept provinces.

L’autonomie : une nécessité pour tous, abertzale ou non

Nous voyons donc que, sur la seule thématique institutionnelle, les champs d’investigation sont nombreux et souvent complexes. Il faudra pourtant les aborder, en tant qu’abertzale certes, mais en ayant clairement à l’esprit que ce sont des chemins sur lesquels nous aurons à progresser avec des personnes ou des groupes de per- sonnes  qui n’ont pas les mêmes perspectives que nous, tout au moins aujourd’hui. Car, il doit être bien clair dans l’esprit de tous ceux qui veulent faire progresser ce projet, que le Pays basque nord doit aller vers l’autonomie la plus large possible, quelle que soit sa configuration sociopolitique du moment, donc, bien évidem- ment, même avec un mouvement abertzale électoralement minori- taire. En schématisant le propos, on doit admettre l’évidence que si les abertzale devaient être majoritaires en voix pour que le Pays basque nord bénéficie d’une autonomie politique… il y a le risque que la question ne se pose même plus, car de Pays basque il n’existerait alors peut-être qu’une image d’Epinal.

Aussi, l’autonomie – en terme de moyens de décider et d’agir en Pays basque nord – doit pouvoir être assumée et même revendi- quée par les secteurs politiques, économiques, sociaux, et, plus gé- néralement, par la frange la plus large possible de la population, qui ne manifeste pas d’aspiration abertzale. C’est sans doute un propos difficile à entendre pour de nombreux abertzale que la com- plexité et la dureté des luttes n’ont pas préparés à composer ni à se garder d’une vision manichéenne. Agir en abertzale dans des confi- gurations où nous serions minoritaires ne devrait pourtant pas poser de problème, à condition que nous le fassions en défendant toujours et partout un projet politique abertzale.

Le projet de société, ou travailler à rendre les utopies possibles

Le projet politique abertzale, ce n’est pas seulement obtenir un statut d’autonomie aux compétences les plus larges possibles en termes de fiscalité propre, d’aménagement du territoire, d’orienta- tions économiques, de politique sociale, linguistique, culturelle… adaptés aux besoins du Pays basque nord, ainsi que le droit à légi- férer sur l’ensemble de ces domaines. Le projet politique abertzale doit lier  l’aspect institutionnel à des réponses originales pour bâtir une société la plus libre et juste possible. Cela s’appelle un projet de société et si ce terme peut paraître galvaudé à certains et grandi- loquent à d’autres, il est temps là aussi que le mouvement aber- tzale retrouve ses capacités à imaginer le meilleur. Il lui faudra se sortir des carcans de ce que je qualifierai – on me pardonnera le barbarisme – de possibilisme. Ce qui est possible, c’est ce que nous estimons pouvoir l’être, pas seulement ce qui existe. Aussi, nous abertzale avons à faire preuve d’inventivité, d’apport de solutions originales, de nécessaire utopie. Il convient de se dire que bien des réalisations et des mécanismes existant aujourd’hui étaient perçus naguère comme des utopies.

Autonomia eraiki, c’est l’affaire de tous

Le projet de société que nous avons à façonner ne part pas de zéro, car, dans bien des domaines, nous, abertzale, avons imaginé et mis en place des structures dont la philosophie est, pour l’organisation de la vie en société, la prise en charge par chacun et la respon- sabilisation de tous, tout au moins de tous ceux qui le souhaitent. L’honnêteté exige de reconnaître que bien des réalisations du mou- vement abertzale ont connu de sérieux dévoiements par rapport aux postulats généreux et démocratiques qui prévalaient au mo- ment de leur conception, mais cela aussi doit être un enseignement pour l’avenir. L’avenir du Pays basque nord, de ses outils institu- tionnels, de la société que nous souhaitons y voir se développer, doit pouvoir s’imaginer et s’édifier avec les apports du plus grand nombre. Il ne faudrait pas que ce soit-là une formule creuse, un vœu pieux et, pour en terminer avec cette première contribution au blog  Autonomia, j’engage tout un chacun, en particulier les aber- tzale, à mettre en mouvement les forces collectives pour construire l’auto-nomie.

Le meilleur des exemples étant, à priori, celui que l’on donne soi-même, je m’efforcerai d’amener ici des réflexions sur différents aspects de la question de l’autonomie : le cadre institutionnel dans sa grande diversité, le projet de société où tant de choses sont à imaginer, à proposer, mais aussi les étapes qui devront être franchies avant que le Pays basque nord dispose des moyens réels de choisir et d’agir. Si l’autonomie doit être l’affaire des abertzale, il est bien évident que nous devons également être acteurs des avancées graduelles qui y conduiront, parce que c’est aussi cela Autonomia eraiki.

Allande Socarros


3 commentaires pour “CONSTRUIRE L’AUTONOMIE: POUR QUE LE PAYS BASQUE PUISSSE CHOISIR, AGIR, EXISTER”

  1. Arrunt ados naiz aldarrikapenekin eta mugimendu sustengatzeko prest naiz baina pena atxematen dut Eukal Herriaren autonomiaz mintzo den webgune bat esklusiboki frantsesez idatzia izatea. Hala ere, posible bada parte hartu nahiko nuke. Noiz dituzue bilkurak? Denei irekiak dira?

  2. Faire un commentaire à propos de sa propre contribution… je ne sais pas si c’est vraiment judicieux. Ça pourrait éventuellement s’appeler de l’autocritique…
    Juste pour préciser que quand je parle des « tenants d’une politique des petits pas », la formulation m’est apparue, après coup, inadéquate. Il aurait été plus exact de parler des « tenants d’une revendication qui se voudrait consensuelle ». Car ce n’est pas tant « les petits pas » qui posent problème que la direction dans laquelle ils sont fait. A savoir s’il s’agit d’aller vers une impasse – le département – ou vers une destination qui ouvre des perspectives d’autogouvernement, voire de souveraineté et de réunification, pour peu que les habitants de ce pays en décident librement et en conscience ainsi.

    Eta Ekhiri bi hitzez erraiteko, frantsesez idazteko hautuaren egitea sekulako kontradikzionea dela badakidala, badakigula… bainan ahal bezain bat jende hunkitzeko egitasmoak hortaratzen gaituela. Autonomiajendarteratu ala funtsezko abertzale jokamolde bati tematsu jarraiki ? Eztabaida zaila duk, zinez.
    Azkenik, noski baietz denei irekia dela autonomiaren alde lan egitea, hori baita, hain justu ere, abiatu berri den mugimenduaren lehenbiziko helburua. Blog honen arduradunak emanen dazkik, seguraz ere, bilkuren inguruko xehetasunak.
    Elkar ikus artean, agur.

  3. Précision utile… ou plutôt disons juste rectification. Après, il resterait tout de même à expliquer ce que tu entends par « consensus » et plus précisément par « volonté consensuelle ».
    Bravo pour ta première contribuition qui, je l’espère augure de très nombreuses autres.

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