L’AUTONOMIE DANS LA RUE

Une manifestation revendiquant l’autono- mie en Iparralde est organisée le samedi 15 décembre à Bayonne. Fantxoa Fleury, d’Autonomia eraiki, nous explique ses mo- tivations pour descendre dans la rue :

Pourquoi une autonomie pour Iparralde ?

C’est une évidence de rappeler qu’aujour- d’hui Iparralde (le Pays basque nord) n’a guère de moyens de gérer son territoire, en un mot qu’Iparralde n’a aucune existence. Revendiquer l’autonomie est donc tout simplement l’exercice du droit fondamental de tout peuple à disposer de lui-même, droit qu’en France on aime bien rap- peler pour les autres, mais qu’on se garde bien d’appliquer pour tous les peuples sous domination française. L’autonomie est un ca- dre institutionnel, vague certes, mais minimal pour pouvoir com- mencer à exercer ce droit. Ainsi la revendication d’un département, qui a longtemps occupé le devant de la scène, n’apporte qu’une reconnaissance territoriale symbolique, mais n’offre aucun moyen d’une gestion autonome, puisque justement le département a été conçu pour être le relais de l’état centraliste. Mais bien sûr revendiquer un statut d’autonomie n’est pas suffisant, il suffit de voir en Hegoalde comment le gouvernement d’Euskadi dans le domaine économique ou au niveau de la répression politique n’est pas bien autonome du gouvernement de Madrid. Il faut donc que cette revendication d’autonomie s’appuie aussi sur un projet de société.

Quelle autonomie pour Iparralde ?

Pour moi, l’autonomie est forcément un projet de gauche. Le capitalisme est fondé sur une logique de concentration des moyens de production, que l’on constate encore plus aujourd’hui avec ce qu’on appelle la mondialisation, et le système capitaliste est donc antinomique avec l’idée même d’autonomie. Pourtant on entend souvent parler d’autonomies dans des pays capitalistes, comme l’Allemagne avec ses Länder : c’est que l’on confond désengage- ment de l’état et autonomie. Les différents projets de décentrali- sation en France, ou plus récemment le projet menteur d’autonomie des universités, en sont de bons exemples : il ne s’agit ni plus ni moins pour les gouvernements libéraux successifs de désengager l’Etat de missions collectives, soit pour les voir disparaître, soit pour les mettre entre les mains des intérêts privés, si ces missions peu- vent se révéler lucratives , comme certaines formations universitai- res.

Mais par l’étymologie même du mot, l’autonomie est une idée de gauche. Il s’agit de se gouverner par ses propres lois. Ainsi l’autonomie peut se décliner à tous les niveaux : c’est l’autonomie de l’enfant qui se construit au sein de sa famille pour devenir un individu adulte ; c’est l’autonomie de l’élève qui au lieu de subir l’apprentissage, devient l’acteur de sa formation intellectuelle et personnelle (et Fillon ne s’y est pas trompé lorsqu’il a supprimé en tant que ministre de l’éducation les Travaux Personnels Encadrés en Terminale, parce que c’était pour les élèves justement une occasion rare de travailler en autonomie au sein du système scolaire) ; c’est encore l’autonomie de l’adulte, qui sait penser et agir par lui- même (et en Iparralde n’est-ce pas d’abord le droit et la possibilité de penser en euskara et de pouvoir utiliser sa langue dans les activités de tous les jours ?) ; c’est enfin l’autonomie de la société. Autonomie économique, à travers l’autogestion des moyens de pro- duction par les travailleurs. Il s’agit aussi de relocaliser l’économie, à la fois pour limiter les transports de marchandises qui créent de fausses richesses (sauf pour quelques profiteurs), et sont extrême- ment coûteux en termes de destruction du tissu social et de l’environnement, et pour que les territoires comme Iparralde ne soient pas dépendants d’autres puissances économiques.

Donc revendiquer simplement une institution autonomique, c’est revendiquer une coquille creuse. Il faut aussi continuer à réfléchir ensemble à un projet de société, et à construire la société basque de demain. Comme Iparralde le fait concrètement depuis long- temps, en se donnant les moyens de créer son propre système éducatif avec Seaska, ou ses outils en agriculture comme le GFA, Arrapitz ou plus récemment Laborantza Ganbara.

Pourquoi appeler à manifester ce 15 décembre ?

La revendication d’un statut d’autonomie est ancienne en Iparralde, puisqu’il y a déjà 15 ans l’organisation Iparretarrak avait proposé un avant-projet de société, fondé sur l’autonomie d’Iparralde. Ce projet avait été ensuite étudié au sein de la population d’Iparralde à l’initiative du collectif Eraikitzen. Mais en l’absence de relais politique clair et engagé, cette revendication d’autonomie a été reléguée au second plan pendant un certain nombre d’années. Heureusement  depuis un an, elle est redevenue centrale au sein du mouvement abertzale à l’initiative du collectif Autonomia Eraiki d’une part, et l’organisation politique Batasuna d’autre part. Le collectif qui s’est donné pour nom Autonomia Eraiki lors de son AG de 2007 a commencé à se réunir dès l’été 2006, autour de la démarche d’OHD (Oinarrizko Hitzarmen Demokratikoa) et de la résolution du conflit en Euskal Herria. Il est apparu que la résolution du conflit ne pouvait passer que par la reconnaissance des droits d’Euskal Herria, et donc ici d’Iparralde. Le collectif a donc organisé une conférence de presse à la veille de l’Aberri Eguna pour exiger cette reconnaissance, et a publié un texte qui se terminait très logi- quement par la revendication lancée par Iparretarrak : «Autonomia, lehen urratsa askatasunaren bidean». Ce même collectif a organisé le forum sur l’autonomie fin octobre 2007.  Parallèlement en autom- ne 2006, Batasuna a décidé aussi de faire sienne cette revendi- cation d’autonomie pour Iparralde,  et elle a rendu publique cette proposition lors d’un grand meeting en janvier 2007 à Uztaritze. Il me paraît donc important de soutenir toutes les initiatives qui popularisent et mettent en avant cette revendication d’autonomie pour Iparralde, afin que la société basque d’Iparralde puisse avoir l’occasion d’en débattre, et de la faire sienne elle aussi.

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