VINGT ANS APRES

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L’édito paru dans Enbata n° 2017 intitulé « vingt ans » a surpris plus d’un. Divers commentaires entendus par-ci par-là m’amènent à vous faire part de ces quelques réflexions. L’édito en question revenait sur les vingt ans qui nous séparent de ce jour où plusieurs militants d’IK se sont fait arrêter à Boucau. Les faits les plus marquants de cette arrestation sont bien repris. Le contexte général de cette époque est aussi bien relaté. C’est dans la seconde partie de cet édito que cela se gâte. En effet, l’éditorialiste nous offre tout d’abord une interprétation personnelle des raisons du retrait de la scène politique d’Iparralde d’IK. Lorsque le temps sera venu où les historiens écrieront l’histoire de l’organisation politico militaire IK, il est fort possible que soit mis en lumière un scénario qui n’ait rien à voir avec l’explication avancée ; «Le temps de la lutte armée (était), pour la plupart des militants, révolu. Le milieu des années 90 démontrait ainsi que ce choix fut le bon, puisqu’il vit la montée en puissance d’Abertzaleen Batasuna dont les batailles se situaient sur le plan politique, exclusivement politique.» Celles et ceux qui ont concouru à l’action d’IK, dans la difficulté que l’on sait ou que l’on peut imaginer, ne méritent pas que l’on essaie de les intégrer dans une écriture partisane de l’histoire récente.

Référence est aussi faite dans cet édito à cette jeunesse abertzale d’hier, toujours en activité aujourd’hui, en charge de responsabilités sur tous les plans de la vie de notre communauté. Oui, il faut le dire, haut et fort, nombreux sont ceux qui, durant cette « décennie de fer » – pour reprendre l’ expression de l’éditorialiste – , ont été acteurs/trices directes des événements parfois douloureux, sont aujourd’hui en postes de responsabilité. Que cela soit sur le plan syndical, économique, associatif, politique, institutionnel. Nous attendons de leur part une fidélité à ce qu’ils ont été, à leurs idéaux. Qu’ils ne jouent pas le jeu de ceux qui depuis des décennies n’ont de cesse de nuire aux intérêts vitaux de notre communauté. Les fondamentaux doivent être sans cesse rappelés, portés. L’extrême complexité du fonctionnement du monde à laquelle ces « responsables » sont confrontés ne peut justifier des prises de positions tactiques qui, dans le fond, ne font que renforcer la position de nos oppresseurs. Enfin, cet édito se termine par ces propos: « IK, c’est, en fait, l’histoire d’hommes et de femmes qui sont allés jusqu’au bout de leur engagement. Mais vingt ans après, c’est une histoire un peu oubliée dans le monde abertzale. » Non, l’histoire d’IK n’est pas qu’une affaire d’hommes et de femmes qui sont allés jusqu’au bout de leur engagement. IK était la manifestation d’une volonté farouche de résistance à un anéantissement programmé. IK était le fruit d’une volonté partagée par un nombre conséquent d’hommes et de femmes qui allait bien au de-là de la cinquantaine de prisonnier(e)s d’IK recensés. L’action d’IK a impliqué l’investissement et la solidarité de plusieurs centaines de femmes et d’hommes d’Iparralde. Nier cela revient à ne pas respecter celles et ceux qui ont consenti des années durant à des vies où les impératifs de la lutte s’imposaient à leur propres intérêts personnels. De plus, aucun(e) militant(e) d’IK n’a considéré être allé « au bout de (son) engagement ». En effet, le bout de l’engagement ne peut être envisagé autrement que comme l’aboutissement victorieux des luttes engagées. Nous ne sommes pas parvenus – loin s’en faut – à obtenir les conditions d’une vie digne pour notre communauté et à assurer son avenir.

Quant à dire que ; « …vingt ans après, c’est une histoire un peu oubliée dans le mode abertzale… » je laisse juge chaque lecteur(trice) du sens de cette phrase. Qu’IK ait sa part de responsabilité dans le défaut de passage de la mémoire des luttes, c’est une chose. Mais la responsabilité est grande chez ceux qui ont contribué durant la « décennie de fer » ainsi que les années suivantes, à minimiser, caricaturiser l’action d’IK, parfois même à salir les militant(e)s d’IK. Cette histoire -celle d’IK- n’est en tous les cas pas oubliée chez ces nombreuses familles qui ont eu à vivre les affres de la répression. La mort, la disparition d’un être cher, la mutilation, la prison. Mais elle n’est pas non plus oubliée chez nos adversaires. IK n’a été qu’un des épisodes de cette résistance à l’ordre injuste dont les Basques ont toujours su faire preuve. Les braises ont toujours là… ils le savent !

in memoriam

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